|
L'Eau à Tramelan-Dessous
La sécheresse prolongée de l'été 1893 a démontré jusqu'à l'évidence que Tramelan-Dessous
malgré ses nombreuses mais insuffisantes fontaines publiques, n'avait pas assez d'eau pour
combattre avec succès les ravages du feu, plus nombreux à cette époque. Soucieux des intérêts
matériels du lieu, quelques citoyens se demandèrent si les hydrantes étaient une utopie pour
Tramelan-Dessous, alors qu'elles sont un des plus beaux apanages des cités voisines. L'idée des
hydrantes fit si rapidement son chemin que bientôt autorités et habitants se préoccupèrent
vivement de la question. Il fallait…
Aller de l'avant !
En septembre 1893 une pétition demandant l'installation d'un réseau d'hydrantes à
Tramelan-Dessous et recouverte d'environ quatre-vingts signataires fut remise au Conseil municipal.
Cette autorité, bien vite gagnée à la cause, fit bon accueil à cette initiative, le 7 octobre
suivant une assemblée municipale était convoquée en séance extraordinaire et décidait à l'unanimité,
la prise en considération de la requête. Une commission de neuf membres était nommée sur le champ.
Cette commission des neuf comme on l'a appelée longtemps était formée de messieurs:
- Henri-Louis Béguelin, maire et député;
- Jules-Abel Béguelin, négociant;
- Jules-Robert Béguelin, conseiller de bourgeoisie;
- César Béguelin, instituteur;
- Virgile Degoumois, fabricant d'horlogerie;
- Lucien Degoumois, négociant;
- Daniel Degoumois, chef d'atelier;
- Constant Monnier, chef des secours;
- Henri-Emile Voumard, négociant.
On se retrousse les manches !
Première séance de la commission: le 18 octobre.
Cinq jours plus tard des experts sont sur place. Trois projets sont en présence:
1) celui de la société des Eaux de Tramelan;
2) celui des Combattes;
3) celui "d'Entre deux fins".
Après une sérieuse étude, les deux premiers projets sont abandonnés. Restait donc...
La source "d'Entre deux fins"
Soumise à l'analyse du chimiste cantonal, l'eau fut trouvée saine, douée, agréable et parfaitement
potable. Le premier étiage (niveau moyen d'un cours d'eau) accusait un rendement minimum de
trente-cinq litres à la minute susceptibles d'augmentation par des travaux supplémentaires.
MM. Paerli et Brunschwyler, entrepreneurs à Bienne, furent chargés des fouilles et des sondages,
puis de la captation de la source.
30 octobre, l'étiage ascendiait à quarante litres. Le 11 novembre, il indiquait quatre-vingt-cinq
litres. Et lors du dernier jaugeage le rendement dépassait cent vingt litres. Des nivellements
faits par le géomètre Sutter de Nidau, il résulte que les niveaux sont plus que suffisants.
La pression dépassera les cinq atmosphères.
La commission des neuf peut recommander le projet "Entre deux fins" avec un devis de 50000 francs.
Le Conseil municipal favorable au projet, convoquait une assemblée communale pour le 11 novembre 1893:
dépense couverte par un emprunt.
Projet définitif
(Sans entrer dans le détail, nous tenons à éclairer la lanterne de nos lecteurs sur trois derniers points):
a) conduite de la source au réservoir;
b) réservoir;
c) la distribution en ville.
Le ruisseau "d'Entre deux fins" prend sa source dans les éboulis qui à l'époque étaient certainement
plus nombreux - au pied d'no t'Côte - a une altitude d'environ 945 mètres; il déverse ses eaux dans la
vallée et après avoir alimenté le bassin de La Creuse, se jette dans la Trame près de l'ancienne
Tuilerie Müller. La captation de la source, faite à une profondeur moyenne de 4,5 mètres, pour que
les eaux de surface soient complètement étrangères à la source principale, s'est terminée avec le
plus grand soin et dans d'excellentes conditions.
La commission des eaux a estimé avec raison que c'est l'âme de toute l'entreprise.
Un bon gravelage entoure la source à l'endroit même où elle sort de terre et forme un petit réservoir
pour régler la hauteur de l'eau; une première chambre à eau munie d'un couvercle spécial a été ménagé
pour qu'on puisse à volonté constater l'état du bassin.
Conduite de la source au "Réservoir"
De la source à la 2e chambre à eau qui est le point culminant du réseau, la conduite a une longueur
de 505 mètres; les tuyaux sont en fonte avec manchon, et ont un diamètre de 100 m de vide intérieur.
Au fond de "Savaux" se trouve un vanne avec station de décharge pour le nettoyage de la conduite à
partir de la chambre à eau des "champs de Verne" et ce jusqu'au Réservoir soit sur un parcours de
653 mètres, les tuyaux sont en ciment de cent millimètres de vide intérieur. La différence de niveau
entre la source et le Réservoir est de 1,80 mètre.
|
Réservoir
Modestement perché au nord du village de Tramelan-Dessous, à une distance de 325 mètres de
"La place du hangar", et à une altitude dépassant 940 mètres, le Réservoir (aujourd'hui appelé
"Réservoir des Tartins") qui veille désormais sur la sécurité de nos maisons et qui fait la joie
de nos ménagères puisqu'elles ont à foison une eau claire et limpide, renferme un quantum de 400 m3
d'eau. Il est divisé en deux chambres latérales, séparées par un mur en béton. La chambre Est
mesure 15,20 mètres de long, 4,80 mètres de large et 2,78 mètres de haut; la chambre Ouest
mesure 15,20 mètres de long, 4,75 mètres de large et 2,78 mètres de haut, ce qui au total fait un
volume de 403,500 litres.
La distribution en ville
Du Réservoir au village soit sur un parcours de 322 mètres, la conduite renferme des tuyaux en fonte
de 150 m de vide intérieur; les tuyaux de la décharge de même diamètre sont en ciment. La canalisation
en ville a une longueur totale de 2121 mètres; 187 mètres de tuyaux à 120 millimètres de vide,
1831 mètres conduite de 100 millimètres, 103 mètres conduite de 75 millimètres. L'histoire nous
dit qu'à l'époque il y avait à Tramelan-Dessous vingt-six hydrantes avec onze vannes. Trois chariots
avec tous les accessoires et 500 mètres de tuyaux complétaient le réseau.
Quelques noms
La réussite de l'entreprise est due au savoir faire de quelques maisons de l'extérieur:
1) Captation des sources, travaux de terrassement, canalisation, pose des conduites, aussi bien en ville que sur tout le parcours du réseau, est le fruit du travail de MM. Paerli et Brunschwyler, à Bienne.
2) En sous-traitance MM. Croti frères à Bienne ont été chargés de l'excavation et de la construction du "Réservoir".
3) Tous les tuyaux en fonte ainsi que vannes et hydrantes proviennent des usines Louis de Roll et Co, à Choindez. Quant a la maison G. et A. Bangerter de Lyss, elle a livre les tuyaux en ciments.
4) Trois chariots d'hydrantes complets et cinq cents mètres de tuyaux proviennent de la maison Ferdinand Schenk de Worblaufen.
La surveillance générale des travaux fut l'affaire de M. L. Béguelin, ingénieur d'arrondissement à Delémont.
(Amis lecteurs de Dessous surtout, oyez les paroles de votre ancien instituteur et collaborateur à
la plaquette de l'inauguration et membre de la commission des neuf, César Béguelin: ce sera aussi
notre conclusion):
"A toutes ces personnes, et ces modestes travailleurs surtout, dont l'ardeur au travail a permis
le prompt achèvement d'une œuvre si utile, Tramelan-Dessous leur doit une profonde reconnaissance.
En terminant, faisons des vœux sincères pour que la bénédiction l'Etre suprême repose à jamais
sur cette belle entreprise, afin qu'elle puisse contribuer au développement et à la prospérité de
Tramelan-Dessous.
Août 1894 d.
Source:
"Le Progrès" Tramelan - jeudi 19 janvier 1995
Sur demande nous fournissons ce document en fichier PDF.
|