HISTORIQUE  DU  TEMPLE  ET  DES  ANCIENNES
ORGUES  DE  TRAMELAN

Archives : M. Alain Droz

      Plusieurs personnes intéressées par les renseignements contenus dans le rapport historique présenté dimanche dernier (29 mars 1914) par M. Ch. Albert Mathey président de la paroisse, à la fête d'inauguration des nouvelles orgues installées dans le Temple ayant demandé si possible, la publication du dit rapport nous avons le plaisir de le publier in-extenso ci-après.

      Mesdames et Messieurs,
      Permettez-moi, au nom du Conseil de Paroisse, de faire un bref exposé de l'origine et de l'historique des orgues qui viennent de céder la place au superbe instrument dont nous célébrons aujourd'hui l'inauguration.
      Ce vieil et fidèle serviteur, dont la bonne volonté fut brisée par le poids de l'âge, a, durant 70 ans, rempli ce vaste édifice des sons harmonieux de la musique sacrée. Il a rendu des services appréciables, que chacun doit reconnaître, aux générations de fidèles qui, aidés par lui, ont fait monter leurs accents d'allégresse au trône de la grâce et sont venus, chaque dimanche, puiser en ce saint lieu le réconfort après lequel soupirent les âmes continuellement appelées à lutter contre les soucis, les difficultés, les épreuves que la vie sème à chaque instant, dans le sillon de notre existence terrestre.
      La musique religieuse fut introduite dans nos cultes à une époque relativement récente. L'ancien Temple, aux façades nues, était privé d'orgue. Les chants des fidèles étaient primitivement conduits et accompagnés par un jeu d'instruments de bois dans lequel la clarinette, le haut-bois et le basson dominaient. Cet état de choses, bien précaire, prit fin avec la disparition du Temple détruit par le terrible incendie de Tramelan-Dessus du 11 Juillet 1839.
      La chronique conservée aux archives paroissiales et communales, toute incomplète qu'elle soit, nous fournit les quelques renseignements qui vont suivre.

1.   Construction du Nouveau Temple.

      La question de la reconstruction du Temple, anéanti par 1'incendie qui vient d'être rappelé, fut mise à l'étude sans tarder. Elle donna lieu à des discussions très longues et très laborieuses; ces dé-bats, jamais terminés et cependant toujours repris, par suite du manque de tout lieu de culte approprié durèrent environ 5 ans.
      L'ancien cimetière fut choisi comme emplacement du nouveau temple dans une séance très mouvementée pour ne pas dire orageuse. La lutte y fut des plus ardentes. Cette question importante résolue, on put enfin se mettre courageusement à la tâche. La construction du nouvel édifice fut décidée en assemblée du 25 septembre 1842. Celle-ci dura environ deux ans et la consécration du nouveau lieu de culte put avoir lieu le 8 décembre 1844, ainsi que nous l'annoncent les extraits de procès-verbaux suivants:
      Séance du 7 septembre 1847. Le Conseil prend connaissance de l'accord conclu en date du 11 février 1844 entre le Conseil et M. Obrist, entrepreneur, pour combler 1e cimetière.
      Séance du Conseil du 5 Janvier 1848. La première proposition soumise à la décision des 3 conseils communaux par M. le président du Conseil de Paroisse est celle-ci:

      «Les Conseils municipaux, sauf ratification des communes, veulent-ils consentir à ce que la fourniture des matériaux par les communes pour la reconstruction du Temple soit maintenue conformément à la décision de l'assemblée paroissiale le 25 septembre 1842, savoir: Tramelan-Dessus, 4 neuvièmes; Tramelan-Dessous, 4 neuvièmes et Mont-Tramelan, 1 neuvième. Les trois conseils à l'unanimité approuvent cette proposition.»

      Séance du Conseil du 2 Juin 1850. M. Abram Louis Ducommun ayant été invité pour régler si faire se peut une réclamation qu'il prétend avoir à faire à la Paroisse, se présente sur l'invitation du Conseil et réclame l'intérêt d'une somme de 841 Livres et 30 rappes, soit 1'201 fr. 80, dés le 8 décembre 1844, "jour de la dédicace" du Temple au 5 Juillet 1846 à quelle date cette somme lui a été versée. Cette réclamation est rejetée. La date pré-rappelée est la seule que les archives paroissiales conservent quant au jour de la dédicace du nouveau lieu de culte. Aucun autre procès-verbal ne fait mention de cette solennité.
Le Temple nouvellement construit fut estimé à fr. 60'000.

      Séance du Conseil du 12 Septembre 1856. Par suite des travaux de comblement du cimetière choisi comme emplacement du Temple, des réparations devinrent nécessaires peu de temps après l'érection de ce bâtiment. On lit, en effet, dans le procès-verbal:

  Le Temple de Tramelan vers 1900
      «Le receveur Jules Degoumois est chargé d'acheter aux Joux de Tramelan-dessous les pierres nécessaires pour les assises et murs à établir dans le temple pour asseoir solidement les escaliers, les colonnes des tribunes et les soubassements; il est également chargé de faire voiturer ces pierres.
      Trois jours plus tard, soit le 15 septembre 1856, le Conseil incorpore se rend dans le temple, - construit de 1842 à 1844 - pour prendre connaissance de l'état de l'intérieur de celui-ci; les charpentiers sont occupés à démolir les soubassements et le plancher.
Les Communes devront fournir environ 840 pieds de bois d'équarrissage, chaque pièce de 20 pieds de longueur devra avoir au petit bout 8 pouces d'équarrissage.
      I1 sera fait des démarches auprès de la Commune de Tramelan-Dessus pour obtenir les planches nécessaires pour les entre-poutres. M. Olivier Wuilleumier, président et Fréd. Auguste Voumard, sont chargés de faire des démarches auprès du Conseil de la dite commune dans ce but; si celle-ci ne veut pas les fournir, le Conseil fait accord pour cette fourniture avec M. Paroz, maître-charpentier, pour le prix de fr. 3 la toise; les planches devront être sèches.
      Les journées des charpentiers sont taxées par M. Paroz au prix de fr. 2,80, le Conseil accepte ce prix; celles des maçons taxées à fr. 3. M. Frieti, maître-maçon, accepte ce prix; il devra refaire des ouvertures pour établir des courants d'air dessous le Temple, construire des murs sous les colonnes des tribunes et sous les poutres.
»

      Le 29 septembre 1856, le Conseil se rend sur le cimetière entourant le Temple et vend à l'enchère, ensuite d'une publication faite la veille à l'issue du service divin les débris provenant du bois d'équarrissage, des poutres et autres pièces de vieux bois sortis de l'intérieur du temple. Les portes de la chaire, celle à côté et celles sous les 4 escaliers des tribunes seront suspendues convenablement et fermeront au moyen de bonnes serrures.

2.   Les cloches.

      Grande cloche - Fondue à la fonderie de cloches Bournez à Morteau le 15 septembre 1839, elle porte l'inscription suivante:
Détruite avec ma sœur dans le grand incendie
Qui frappa ce village de Tramelan et son Temple sacré.
Par les soins des chrétiens, de mes cendres sorti,
Je porte vers le ciel l'accent de leur piété.
L'incendie de Tramelan-Dessus eut lieu le11 juillet 1839.
Dis leur que je suis vivant dit l'Eternel,
Que je ne prends point plaisir à la mort du pécheur,
Mais plutôt à sa conversion et à sa vie.
(EZ 33,11)
Je pèse 2'115 livres

      Cloche moyenne - Fondue à la fonderie de cloches Bournez à Morteau le 15 septembre 1839, elle porte l'inscription suivante:

Dans la maison de Dieu, chrétiens, je vous appelle,
Où Jésus vous reçoit pour être ses enfants,
Et bénit vos unions dans la paix éternelle,
Ma voix vous appelle à la fin de vos ans.
Venez aux eaux. Cherchez l'Eternel pendant qu'il se trouve,
Invoquez-le tandis qu'il est près.
(Esaïe 55,6)
Je pèse 1'058 livres

      Petite cloche - Fondue à la fonderie de cloches Bournez à Morteau en 1844, elle portait l'inscription suivante:

Salut aux frères dispersés !
(St-Jaques I v. 1.)
Venez, accourez tous quand une voix vous appelle,
Rendez au Dieu vivant et l'hommage et l'honneur.
Dans sa maison, peuple fidèle,
Vous trouverez toujours la paix et le bonheur;
Cherchez par Jésus-Christ la clarté de sa face,
Présentez au Seigneur vos vœux et vos accents
Avec des cœurs reconnaissants,
Vous obtiendrez de Lui miséricorde et grâce !
Psaume 133,
A des cœurs généreux je dois la voix sonore
Que retenait jadis le néant dans ses chaînes.
L'incendie de ce temple a voulu que j'honore
Un lieu cher à des frères aux demeures lointaines;
Ils ont voulu qu'au berceau de leurs pères
Retentit de l'amour la sainte et noble voix!
Puisse-t-elle rester vierge au milieu de leurs frères,
N'annoncer à jamais que Jésus et sa croix!
Faite à Morteau par G.C. et P.A. Bournez.
1844 N. 312.

      Ensuite d'un accident, la petite cloche qui s'était fêlée et pesant 330 kilos, fut fondue à nouveau en 1902 à la fonderie Louis Bournez à Morteau, petit-fils de ceux qui la fondirent en 1844.

3.   Achat et installation des anciennes orgues.

      Lorsque le Temple fut reconstruit, on s'occupa de le doter d'un instrument de musique pouvant rehausser le culte suivi régulièrement par les fidèles. Comme les paroisses voisines, la nôtre fit l'achat d'un orgue. L'instrument acheté et installé dans ce temple à une date que nous n'avons pu retrouver exactement, n'était pas neuf lorsqu'il franchit les portes de ce saint lieu. I1 fut vendu par l'une des Eglises de la Chaux-de-Fonds qui venait de faire l'acquisition des orgues installées et appartenant au Couvent de Bellelay. Rappelons à ce propos qu'une partie de la chaire de notre Temple provient aussi du Couvent de Bellelay.
La chaire du Couvent de Bellelay.    
Une partie fut utilisée pour la confection
de celle du Temple de Tramelan     
      Le compte du coût de l'orgue est présenté en assemblée du 8 novembre 1846. On lit à ce propos les lignes suivantes dans le procès-verbal de cette séance:
«...Ensuite il est donné connaissance des comptes établis par M. le pasteur (Charles Philibert) Gobat (père de M. le Dr Albert Gobat, directeur du Bureau de la paix, décédé le 16 mars 1914) de ses recettes et dépenses pour la construction d'un orgue dans le temple de la Paroisse; le dit compte constate un déficit de 536 Livres et 25 rappes, soit 766 fr. 08 de notre monnaie actuelle.»       Peu de temps après cette acquisition, c'est à dire, en assemblée du 18 avril 1847 déjà, le Conseil est chargé de s'adresser à un facteur d'orgues pour faire accorder l'orgue de la Paroisse.
      A ce moment la question financière de cet achat n'était pas encore liquidée. En effet, en séance du Conseil du 26 octobre 1849, il est décidé qu'une demande sera faite au Conseil exécutif pour savoir quelle somme a été allouée pour la construction de l'orgue, si la somme allouée pour l'orgue est comprise dans la subvention de 12'000 Livres, soit 17'142 fr., accordée par l'Etat pour la construction du chœur du Temple. M. le président et le secrétaire sont chargés d'écrire dans ce sens. Aucun renseignement n'est plus donné quant à cette démarche.
      Toutefois, en séance du Conseil du 7 janvier 1850, il est donné lecture du compte établi et rendu par M. le pasteur Gobat pour la construction de l'orgue. Ce compte est approuvé à l'unanimité; le Conseil vote des remerciements à M. le pasteur rendant compte. Ce compte, dit le procès-verbal, «sera soumis à l'assemblée paroissiale et si il est approuvé, il sera déposé dans les archives.»
      Dans la dite assemblée paroissiale qui eut lieu le 18 août 1850, «le compte du coût de l'orgue, après en avoir entendu la lecture, est approuvé par l'assemblée qui décide de le faire déposer aux archives de la Paroisse.» Nous ignorons s'il est question du compte présenté en assemblée du 8 novembre 1846 ou s'il fut modifié ensuite de la demande de renseignements adressée au Conseil exécutif. Nous n'avons pu, malgré plusieurs recherches, retrouver le dit compte aux archives de la Paroisse, le coût exact de l'ancien orgue est ainsi inconnu.
      Dans quel état était l'instrument acheté il y a 70 ans par nos pères? La chronique nous le dira suffisamment. Cet achat ne fut pas des meilleurs. De suite, les services que l'orgue était appelé à rendre se ressentirent de son âge avancé déjà, des imperfections et des dérangements des registres, des commandes qui résultaient sans doute d'une mauvaise facture, de sa démolition à la Chaux-de-Fonds et de son remontage dans notre Temple.
      A fin 1850 ce serviteur dont l'âge exact est inconnu fatigué sans doute déjà par une longue carrière, commence à refuser ses services. On lit, en effet, dans le procès-verbal de la séance du Conseil du 15 décembre 1850:
«M. le Président fait rapport que M. Weber, facteur d'orgues, a visité l'orgue et qu'il a trouvé «urgent» de faire des réparations. Pour ce travail à faire, il demande 100 Livres soit 142 fr. 85. Le Conseil trouve ce prix trop élevé; il décide de ne faire réparer l'orgue qu'au printemps prochain, lorsque le temps sera plus favorable.»
      Enfin, en assemblée du 16 mars 1851, le secrétaire de l'assemblée, au nom du Conseil, fait rapport des démarches faites pour prendre arrangement avec un facteur d'orgues pour faire les "réparations urgentes" à l'orgue il est donné connaissance d'un devis dressé par M. Burger, facteur d'orgues à Laufon. L'assemblée approuve les démarches faites.
      Ces première réparations, que l'on qualifiait d' "urgentes" après que l'instrument eût servi tout au plus 5 ans seulement dans ce Temple furent exécutées aussitôt que la décision et les derniers arrangements eurent été pris de part et d'autre.
      Assemblée du Conseil du 11 Juillet 1851:
      «Les membres de la Commission nommés par l'assemblée paroissiale dans la séance du 16 mars 1851 pour, de concert avec le Conseil de Paroisse, surveiller les réparations à faire à l'orgue par M. Burger, facteur d'orgues à Laufon, sont tous présents à l'assemblée du Conseil du 11 Juillet 1851, à l'exception de M. le pasteur Gobat; ils ont, après avoir visité le travail, trouvé le tout conforme aux dispositions de l'accord fait avec les entrepreneurs.»
      En séance du Conseil du 6 août 1856, l'assemblée procède à l'inventaire des biens appartenant à la Paroisse. L'orgue est estimé à 3'000 fr. Actuellement, par suite des réparations faites à cet instrument, il figurait dans l'actif du mobilier de la Paroisse pour 4000 fr.

* * * * * *
      Que faut-il attendre d'un instrument qui s'use et s'étiole, miné par la langueur et l'épuisement ? Les réparations assez coûteuses du début avaient remis l'orgue en état de services pour quelques années seulement. Malgré la vigilance la plus active et les soins les plus empressés, le ver rongeur n'était pas chassé et en 1882 déjà, les réparations devenaient plus nécessaires et plus urgentes que jamais. Nous lisons à ce propos les extraits suivants dans le registre des séances du Conseil de Paroisse:
      «Dans sa réunion du 22 Janvier 1881, avant de passer à l'élaboration du budget pour 1881, le Conseil, sur une observation faite par M. l'organiste Girod, est d'avis que l'orgue devra, si possible être réparé par un facteur d'orgues dans le courant de l'année.»
      Le 23 janvier 1881, à propos de la discussion du budget, «on fait observer à l'assemblée paroissiale qu'il a été porté pour réparations de l'orgue la somme de 400 fr.; d'après un rapport fait par M. l'organiste Girod, ces réparations sont à peu près nécessaires. M. le pasteur Robert trouve qu'il vaut mieux faire ces réparations maintenant plutôt que de renvoyer à plus tard et cela dans l'intérêt de la Paroisse.»
      Séance du 3 février 1882 - Avant de passer au budget, le Conseil entend lecture d'une lettre et d'un devis adressé à la Paroisse par M. Weber, facteur d'orgues à Berne concernant la réparation de l'orgue. Les prix de ce devis paraissant un peu élevés, le Conseil est d'avis qu'on prenne des informations à ce sujet avant de se décider entièrement.
      27 avril 1882 - M. le Président expose en résumé les rapports des 2 facteurs d'orgues, au sujet de la réparation ou du remplacement éventuel de l'orgue. Il est décidé que le Conseil, avant que d'entrer en marché, prendra encore des renseignements auprès de l'un des rapporteurs, M. Weber, facteur d'orgues à Berne.
      15 Juillet 1882 - M. le président donne connaissance d'une convention qu'il a passée avec M. Weber, facteur d'orgues à Berne, en vue de la réparation des orgues. Cette convention, agréée par le Conseil, porte sur un chiffre de 355 fr.
      8 novembre 1882 - Le Conseil est réuni pour prendre connaissance des réparations exécutées à l'orgue par M. J. Weber de Berne. M. Schneeberger, professeur de musique à Bienne a été appelé comme expert. Après audition de tout l'ensemble de l'orgue, registre après registre, et examen de l'intérieur de l'instrument, le Conseil, sur le rapport oral de M. Schneeberger, trouve que les réparations ont été exécutées d'une manière entièrement fidèle et que l'orgue se trouve maintenant dans un excellent état. En conséquence, M. le receveur Luc Perrin, reçoit l'ordre de verser à M. Weber, le premier acompte prévu dans la convention, soit une somme de 1'600 fr. Il sera payé en outre à M. Weber pour règlement définitif 555 fr. au 31 décembre prochain et 200 fr. en septembre 1883. M. Schneeberger fera parvenir plus tard, au Conseil de Paroisse, son rapport écrit sur l'expertise de ce jour ainsi que son état de frais.
      Aucun renseignement complémentaire n'est plus donné par la chronique. Dans la réunion du Conseil le 15 mai 1888, «il est décidé d'accorder à M. Weber à Berne, la confection du nouveau soufflet de l'orgue, à raison de 750 fr. D'après entente conclue avec M. le président, le nouveau soufflet devra être posé dans 6 à 8 semaines.»
      Séance du Conseil le 25 août 1888. Sont présents MM. Jules Emile Degoumois, Eugène Monnier, Alfred Béguelin-Voumard et V. Robert-Tissot, seuls convoqués, à l'effet de recevoir le nouveau soufflet de l'orgue. Après examen et essai, «cet instrument est accepté et le prix en est versé immédiatement entre les mains de M. Weber.»
      Réparation n'est toutefois pas synonyme de rénovation ou même de remise à neuf. L'usure continue son œuvre sourde et cachée. Telle partie refuse soudain tout service: vitement elle est remise en état pour un temps plus ou moins long. Telle autre partie, à son tour, appelle à son secours l'art du praticien. Le souffle s'accourcit, la voix devient de plus en plus grêle, dimanche après dimanche; le chapelet des notes qui refusent déjà tout service, malgré les précautions les plus minutieuses, s'allonge démesurément. I1 faut des soins impérieux à gauche, à droite, en-dessus, au bas, en avant, à l'arrière, à telle fin que, soudainement, semble-t-il, grâce à l'illusion que produit la fuite si rapide du temps, l'instrument et son appareillage paraissent, à l'improviste, unir tous leurs efforts pour solliciter le grand remède inévitable... la mise au repos du vieux serviteur usé par son dévouement et l'appel que l'on doit adresser à celui qui le remplacera et continuera ses services indispensables.
      Le comité qui, une première fois, tenta de réunir les fonds nécessaires à l'achat d'un nouvel orgue, la commission nommée à cet effet depuis quelques années, l'assemblée paroissiale du 25 janvier 1914, la population entière comprit que le seul remède vraiment bon était celui qui vient d'être rappelé, remède dont il était question déjà en séance du 27 avril 1882. Dans un joyeux élan de générosité, chacun a compris que l'union de toutes les bonnes volontés, de tous les cœurs, permettrait enfin de doter notre Temple des superbes orgues qui garnissent de si agréable façon, cette demeure et font vibrer ses façades d'accords musicaux si doux et aussi sublimes. Elles méritent avec justesse le titre de «roi des instruments» qui leur est donné, tant par l'ampleur que par la majesté de sa voix jeune et puissante.
      Si les souffrances, les plaintes, les défaillances du vieil orgue trépassé furent nombreuses et fréquentes, souvenons-nous que sa vie, de quelque longue durée qu'elle fût, ne comprit guère que sa longue agonie. Que ce serviteur actuellement hors d'usage jouisse du repos entier auquel il a droit et soyons heureux de lui connaître un aussi digne et aussi vaillant successeur.
      Nous espérons que les moments d'allégresse que nous passons en ce jour de joie ne seront pas éphémères. Nous voulons nous souvenir aussi que deux devoirs impérieux nous restent encore:
      «Venir rendre visite à nos nouvelles orgues aussi souvent que possible et aussi nombreux qu'aujourd'hui, et, déliant généreusement les cordons de nos bourses, prendre à notre charge, la part des sacrifices financiers qui nous incombent. Ces devoirs accomplis, nous pourrons être plus joyeux, plus confiants et contribuer à continuer l'œuvre du progrès qui se poursuit partout, dans nos populations.»
  Les orgues, photo 1956, G.Droz


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