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LA GUERRE AU
" W "
dans le nom de famille des VUILLEUMIER

De la Sagne (Neuchâtel) et de Tramelan-dessus (Berne), de Bâle et d'Allaman (Vaud)
Exemple classique du changement arbitraire d'un nom
de famille par un officier d'Etat-Civil (1876) et de
sa rectification judiciaire et administrative (1922/23)
Publiée par
CH.-AUG. VUILLEUMIER
Ingénieur à Bâle
1929

Hommage
au Dr. D.Scheurer, Chef de l'Etat-Civil
de Bâle-Ville mon bon conseiller et à tous les
descendants de Jean Vuilleumier, reçu bourgeois
de Tramelan-dessus le 22 octobre 1642.


Prologue.

      Dans les actes que le premier Officier de l'Etat-civil de Tramelan-dessus établit à partir de l'année 1876, il substitua, sans que rien ne l'y autorisât, la lettre W à la lettre initiale V dans le nom de famille Vuilleumier. En date du 12 mai 1922, Mr. Le Conseiller d'Etat Stauffer, en sa qualité de Directeur de Police du canton de Berne, rendit une ordonnance aux termes de laquelle l'orthographe introduite en 1876, de-vait être maintenue à l'avenir.
      Cette décision dont je contestai la validité en justice, provoqua ce que l'on a appelé la " guerre au W ". Le jugement qui fut rendu, engagea d'autres intéressés à se joindre au mouvement pour la réintroduction de " V ", qui seul est juste, dans les registres de l'Etat-civil de Tramelan. Mr. Le Directeur de Police acquiesça, le 5 juin 1923, à ce voeu général. Je tiens tout particulièrement à lui en exprimer, aussi ici, toute ma satisfaction.
      Le dossier de cette " affaire " qui, en 1922 et 1923, a fait passablement de bruit, notamment au Jura Bernois, compte plus de 100 pièces. Depuis 1923, il est déposé aux archives de l'Etat-civil de Tramelan. Les principaux actes qu'il renferme, sont reproduits ci-après.


1.
" L'Echo du Jura " No. 57 du 18 mai 1922      ANNEXE II
Communiqué.
d'une lettre de la Direction de la Police du canton de Berne.
Berne, le 12 mai 1922.
A la Préfecture de Courtelary,

      Par lettre du 15 octobre 1920, l'officier d'état-civil de Tramelan nous transmettait un exemplaire de " Echo du Jura", datant du 15 octobre de la même année, lequel contenait un article traitant de l'orthographe du, nom de famille

Vuilleumier
nom de famille commun d'une, part à des ressortissants de Tramelan-dessus et de La Sagne et d'autre part à des ressortissants de Tramelan-dessus. L'officier d'état-civil nous demandait de lui indiquer le genre d'orthographe dont il devait faire usage.
      Il appert de différents rapports qui nous ont été présentés à ce sujet, que le nom de famille en question est écrit dans les registres d'état-civil de la, Sagne avec un V. simple. Ceux de Tramelan par contre, accusent deux orthographes, différentes, soit un V et un W double. Il est toutefois à remarquer, que ce même nom est écrit depuis plus de 70 ans avec un W double. Les actes d'origine ont de même été délivrés sous le nom "Wuilleumier." Les ressortissants de Tramelan-dessus dont fait partie le maire actuel écrivent leur nom avec un W double, d'où il n'est pas admissible qu'ils abandonneront cette orthographe.
      Nous ne voyons dès lors pas plus l'utilité que la nécessité d'ordonner une rectification de ce nom dans les registres d'état-civil de Tramelan pendant les 50 dernières années. Les actes d'état-civil, ainsi que les actes d'origine de la génération actuelle des ressortissants de Tramelan-dessus sont écrits Wuilleumier. Une faible partie seulement, pourra produire des actes écrits avec un V simple.
      Il est par conséquent de toute importance d'unifier le mode d'orthographe de ce nom et ceci tout spécialement quant à la tenue des registres d'état-civil de Tramelan, raison pour laquelle nous insistons que la manière d'écrire usitée durant les 70 dernières années fasse désormais foi.
      Quant aux Vuilleumier originaires de Tramelan et de la Sagne qui persistent à conserver l'orthographe de leur nom, il est une manière très simple d'y satisfaire, c'est qu'ils renoncent tout simplement à leur droit de ressortissants de Tramelan-dessus, et se fassent délivrer de la Sagne des actes d'origine de cette commune."
L'officier d'Etat-civil de Tramelan    Aug. Rossel
2.
" Journal du Jura " No. 116 du 19 mai 1922.
(Rédigé, à Bienne, par P. H. Cattin, † 1924.)

Carnet d'un ronchonneur.
L'officier d'état-civil à Tramelan communique à l'" Echo du Jura" une lettre adressée par la Direction de Police du canton de Berne à la préfecture de Courtelary. Ce document vaut la peine d'être reproduit :
Communiqué.
d'une lettre de la Direction de la Police du canton de Berne.
Berne, le 12 mai 1922.
      A la Préfecture de Courtelary,
      Par lettre du 15 octobre 1920, l'officier d'état-civil de Tramelan nous transmettait un exemplaire de " Echo du Jura", datant du 15 octobre de la même année, lequel contenait un article traitant de l'orthographe du, nom de famille
Wuilleumier
nom de famille commun d'une, part à des ressortissants de Tramelan-dessus et de La Sagne et d'autre part à des ressortissants de Tramelan-dessus. L'officier d'état-civil nous demandait de lui indiquer le genre d'orthographe dont il devait faire usage.
      Il appert de différents rapports qui nous ont été présentés à ce sujet, que le nom de famille en question est écrit dans les registres d'état-civil de la, Sagne avec un V. simple. Ceux de Tramelan par contre, accusent deux orthographes, différentes, soit un V et un W double. Il est toutefois à remarquer, que ce même nom est écrit depuis plus de 70 ans avec un W double. Les actes d'origine ont de même été délivrés sous le nom "Wuilleumier." Les ressortissants dé Tramelan-dessus dont fait partie le maire actuel écrivent leur nom avec un W double, d'où il n'est pas admissible qu'ils abandonneront cette orthographe.
      Nous ne voyons dès lors pas plus l'utilité que la nécessité d'ordonner une rectification de ce nom dans les registres d'état-civil de Tramelan pendant les 50 dernières années. Les actes d'état-civil, ainsi que les actes d'origine de la génération actuelle des ressortissants de Tramelan-dessus sont écrits Wuilleumier. Une faible partie seulement, pourra produire des actes écrits avec un V simple.
Il est par conséquent de toute importance d'unifier le mode d'orthographe de ce nom et ceci tout spécialement quant à la tenue des registres d'état-civil de Tramelan, raison pour laquelle nous insistons que la manière d'écrire usitée durant les 70 dernières années fasse désormais foi.
      Quant aux Vuilleumier originaires de Tramelan et de la Sagne qui persistent à conserver l'orthographe de leur nom, il est une manière très simple d'y satisfaire, c'est qu'ils renoncent tout simplement à leur droit de ressortissants de Tramelan-dessus, et se fassent délivrer de la Sagne des actes d'origine de cette commune."
      En vérité, voilà qui est un peu raide !
      Que l'on écrive Vuilleumier avec un V simple ou avec un W double, cela n'a pas grande importance. Tout ce que l'on peut dire sur ce sujet, c'est que la forme exacte et primitive est sans doute Vuilleumier et non Wuilleumier, la famille Vuilleumier étant d'origine française tandis que le W n'est pas français. N'importe quel dictionnaire vous apprendra en effet que le W est "une lettre propre aux langues du Nord, et qui n'est usité en français que dans les mots empruntés à ces langues avec leur orthographe". En fait, Wuilleumier est donc un commencement de germanisation du nom Vuilleumier.
      Mais la question n'est pas là. Je voudrais savoir en vertu de quel droit la direction de police du canton de Berne peut prétendre obliger un Vuilleumier à orthographier désormais son nom Wuilleumier et modifier de sa propre autorité les inscriptions au registre de l'état-civil. M. Lebureau de Mutzstadt nous dit bien "qu'il est de toute importance d'unifier le mode d'orthographe de ce nom et ceci tout simplement quant à la tenue des registres d'état-civil de Tramelan…"Voilà, une plaisanterie qui dépasse toute mesure. Pourquoi n'y aurait-il pas dans les registres de l'état-civil, à Tramelan, comme ailleurs, une division pour les V et une autre pour les W ?
      J'ai l'idée que le "Mutz", avec ses airs folâtres, est en train de se f… de nous ! Si nous nous laissions faire, il nous demanderait demain, par souci de l'uniformité dans les registres de l'état-civil bernois, de nous appeler Kattin, Kapitaine, Komment, Kuttat, Korbat, Willard, Woisard, Wallet, Wauclaire, etc., sous prétexte que de l'autre côté de l'Aar ils s'appellent Klôti, Knüsi, Knellwolf, Koely, Kissling, Wagenbach, Winkler, Wyss, Welti, Wotchoderwotchnit, etc.
      J'espère que les Vuilleumier tiendront bon et qu'ils s'opposeront avec une sauvage énergie à ce qu'on modifie l'orthographe de leur nom sans leur consentement. Si l'on n'est plus seulement propriétaire de son nom, dans ce doux pays, que va-t-il nous rester ?
Le vieux garçon.
3.
" Le Progrès " No. 1461 du 20 mai 1922.
A propos des Vuilleumier.
      On nous écrit:
      L'article paru au sujet du W double des Vuilleumier a vivement surpris une bonne partie de ceux-ci. Les auteurs de la généalogie de cette famille ont les preuves suffisantes comme quoi Jean Vuilleumier est venu de La Sagne en 1621 et a acheté la bourgeoisie de Tramelan-dessus en 1642. Or, tous les Vuilleumier de Tramelan descendent du sus-nommé, et sont de Tramelan et de La Sagne.
      Jusque vers l'an 1876, ce nom a été écrit par tous: avec le V simple et beaucoup ont conservé intacte jusqu'à aujourd'hui. Cette orthographe, la seule exacte. C'est un ancien officier d'état-civil qui a commis l'erreur du W et cette erreur, personne ne nous contestera le droit de la corriger, pas même l'ours de Berne.
      Il est vrai que la chose ne tire pas à grande conséquence, mais les intéressés ont le droit de demander que leur nom soit écrit correctement, ne serait-ce que pour ne pas être confondu avec les nombreuses personnes reçues bourgeoises de Tramelan-dessus pendant la guerre, de nationalité germanique, hongroise, polonaise, tchécoslovaque, etc. Notre nom étant français, nous nous opposons à ce qu'on le germanise; or, le W double est une lettre allemande.
      Quant à la dernière phrase du communiqué, nous déclarons, comme bourgeois de La Sagne et de Tramelan, vouloir conserver ces deux communes et avec honneur.
      Le communiqué du Conseil-exécutif ayant été transmis aux principaux auteurs de notre généalogie, nous attendons leur décision à cet égard; il est toutefois certain que personne ne voudra accepter l'ordre de Berne et que ceux qui ont recommencé à écrire leur nom correctement, continueront à le faire. Dès que nous serons renseignés, nous en aviserons les intéressés par la voie des journaux, car il serait difficile d'en informer tous les Vuilleumier d'une autre façon, 101 familles de ce nom habitant déjà le seul village de Tramelan-dessus.
Au nom de plusieurs intéressés : P. V.-D
4.
".L'Echo du Jura " du 30 mai 1922.
      Nous avons reçu plusieurs protestations tant verbales que par écrit, relatives à la décision de la Direction de Police de Berne concernant la fausse orthographe du nom Vuilleumier. Avec autorisation de l'auteur nous publions la suivante, ci-après qui a été envoyée auparavant à la dite Direction.
Bâle, le 21 mai 1922.
A la Direction de Police du Canton de Berne
Berne.
      Monsieur,
      Un ami de Tramelan me transmet l'article ci-joint paru dans le No. du 18 crt. de l'"Echo du Jura" et par lequel vous rendez officielle votre réponse à la demande du 15 octobre 1920 faite par l'officier d'état-civil de l'endroit au sujet de l'orthographe de notre nom de famille.
      Cette question avait été provoquée en son temps par une communication que j'avais faite à l'" Echo du Jura" sur la coutume devenue générale ces quelques dernières décades", à Tramelan de fausser, cette orthographe. J'ai constaté à ce moment là que cette erreur d'écriture " W double" au lieu de "V simple" avait été introduite, dans les registres de Tramelan par un ancien Officier d'état-civil (probablement le dernier), contre tous les droits, et que cette manière d'écrire notre nom absolument fausse et illogique au point de vue linguistique contredit encore toutes les traditions historiques, ce que je continue de maintenir aujourd'hui.
      Vous ne serez donc certainement pas étonné si je vous déclare que votre décision du 12 crt. ne peut me donner satisfaction et que je me réserve d'entreprendre des démarches ultérieures.
      Je suis tout à fait d'accord avec vous "qu'il est de toute importance d'unifier le mode d'orthographe de ce nom et ceci tout spécialement quant à la tenue des registres d'état-civil de Tramelan", mais par contre il m'est absolument impossible d'approuver les raisons que vous avancez pour le maintien de ce changement tout à fait arbitraire et exclusif, quand bien même cela à été pratiqué dans les milieux officiels depuis plus de cinquante ans sans opposition.
      Le fait que précisément le Maire actuel de Tramelan écrive son nom avec un W double est loin d'obliger ses homonymes à cette même fausse manière d'écrire leur nom, et la raison, qu'à Tramelan celui-ci a été "officiellement mal orthographié" pendant environ 50 ans, ne suffit pas à détruire une tradition vieille de plusieurs siècles.
      Quand à ce que vous prétendez que peu de Vuilleumier seraient en état de produire des actes sur lesquels leur nom de famille figure correctement écrit, c'est à dire avec " V " cela n'est certainement pas exact, de tels documents des 17e, 18e, et 19e siècle jusqu'au milieu du siècle dernier. Il ne m'est par contre jamais arrivé d'avoir en mains des pièces officielles de ces temps là portant notre nom faussement orthographié, excepté par erreur.
      Je dois repousser catégoriquement et avec vives protestations le dernier passage de votre décision de 12 courant disant que "malgré tout, cette fausse orthographe sera valable pour l'avenir", passage que j'aurais tenu pour une mauvaise plaisanterie s'il n'avait pas été contenu dans un acte officiel et rendu public. Mais je dois le prendre au sérieux et je trouve très fort qu'à tous les Vuilleumier de Tramelan qui ont pris le nom de leur ancêtre : " Jean Vuilleumier de la Sagne " (Bourgeois de Tramelan-dessus depuis 1642), et qui veulent garder ce nom jalousement et fermement, vous osez leur demander de renoncer à leur " droit acquis " de Bourgeoisie de Tramelan et cela pour donner libre cours simplement à une mauvaise façon d'écrire leur nom, introduite un beau jour officiellement, d'une manière arbitraire et contre le droit, pensant pouvoir sanctionner ainsi pour l'avenir la faute et l'injustice commise.
      C'est pour sûr trop demander. Je sais ne pas être seul à posséder cette opinion; nous ne le ferons pas, nous qui tenons aux vieilles traditions. C'est pourquoi vous pouvez être assurés que nous attaquerons cette décision qui vous a valu tant de temps à être rendue.
      Veuillez agréer. Monsieur, mes salutations bien distinguées
Aug. Vuilleumier-Martin.
(né à Tramelan-dessus en 1855, à Bâle depuis 1857).
5.
Demande de Ch.-Auguste VuilIeumier-Martin

de Bâle, Tramelan-dessus et La Sagne, domicilié à Bâle, Rebgasse 4,
à Mr. le Président du Tribunal du District de Courtelary

concernant la rectification d'inscriptions dans les registres de l'Etat-civil de Tramelan conformément à l'art. 45, 1er alinéa du c. c. s.
Exposé des motifs.
      En date du 15 octobre 1920 j'ai publié dans les deux journaux de Tramelan "Le Progrès" et "L'Echo du Jura" un article intitulé " L'orthographe des Vuilleumier". J'attirais l'attention sur le fait, qu'au Jura Bernois depuis 40 à 50 ans, on écrit généralement notre nom inexactement et je faisais remarquer que pour y remédier, il faudrait tout d'abord réintroduire l'orthographe juste dans les registres de l'état-civil de Tramelan (voir annexe I.).
      Cet article engagea l'officier d'état-civil actuel de Tramelan, Mr. Aug. Rossel, à demander le même jour encore, soit le 15 octobre 1920, à l'autorité, dont il relève, de quelle manière il devait, à l'avenir, faire ses inscriptions: continuer avec le "W" double actuellement en usage ou revenir au "V" simple employé autrefois. Dix-neuf mois plus tard, soit le 12 mai 1922, Mr. Rossel reçut la décision de la Direction de police cantonale à Berne, décision qu'il fit reproduire, le 18 mai, dans les deux journaux de Tramelan (annexe II.).
      Un de mes amis de Tramelan me fit part peu après de la lettre de la Direction de police. Il me parut alors indispensable de consulter moi-même les registres de l'état-civil de Tramelan, notamment les inscriptions concernant ma personne même et les membres de ma famille, afin d'être fixé, si possible, d'une manière plus exacte, sur les circonstances qui avaient provoqué le changement d'orthographe. Le 2 juin, je me rendis à Tramelan et ce que je vis, ne me surprit pas peu. C'est d'une simplicité enfantine à constater comment s'est produit le changement dans notre nom.
      Ainsi que j'ai pu m'en convaincre, jusqu'en 1876 le nom de Vuilleumier est toujours écrit dans les registres A et B avec le " V " simple. Mais depuis 1876, on ne le trouve plus écrit qu'avec le "W" double (v. annexe IV).
      Pour quel motif ? Parce que, au mépris de toutes les inscriptions précédentes dans les registres des baptêmes, des mariages et des décès de Tramelan, registres qui remontent jusqu'à l'année 1681, Mr. Juillerat, instituteur, le premier officier d'état-civil de Tramelan changea, dès son entrée en fonctions, et je crois pouvoir le dire, de son chef et arbitrairement le "V" simple en un "W" double au nom de tous les Vuilleumier qu'il dut inscrire et cela sans exception aucune jusqu'en 1911, soit pendant 35 ans, les registres de l'état-civil ayant été introduits au canton de Berne en 1876. Les successeurs de Mr. Juillerat ont suivi fidèlement jusqu'à ce jour l'orthographe qu'il avait inaugurée, et ce qu'il y a d'incompréhensible, c'est, que les Vuilleumier relevant de l'état-civil de Tramelan ont accepté cela sans protester. A vrai dire, l'officier d'état-civil actuel ne s'est jamais bien trouvé à l'aise de cette manière de faire, et c'est ce qui explique l'empressement qu'il mit à faire à Berne la demande, mentionnée ci-dessus.
      Quels sont les motifs qui ont engagé Mr. Juillerat à procéder à ce changement nullement motivé et en contradiction, non seulement avec les prescriptions sur la matière, mais aussi avec la tradition et la linguistique ? Il n'est pas possible de le déterminer, ce fonctionnaire étant décédé depuis plus de 9 ans. On se trouve vraiment en face d'un problème psychologique, ce changement d'orthographe arbitraire devant être considéré comme un manquement grave dans l'exercice de fonctions officielles.
      Je me base à ce sujet sur les art. 38 et 39 de l'Instruction du Départ. fédéral de l'Intérieur concernant la tenue des registres de l'Etat-civil de 1881, qui enjoint aux officiers d'état-civil d'apporter le plus grand soin l'orthographe des noms et prénoms. Ces noms doivent être inscrits en conformité des documents qui leur sont présentés. En outre ils ne sont en aucun cas compétents pour procéder d'eux-mêmes à des change-ments de noms.
      Or, Mr. Juillerat n'a pas observé cette prescription. A plusieurs reprises, soit lors de mon mariage en 1881, à la naissance de mes quatre enfants, en 1882, 1884, 1886 et 1893, au décès de ma première femme en 1894, au décès de mes parents an 1892 et 1895 et lors de mon second mariage en 1897, ma commune d'origine de Bâle, qui, en vertu de l'art. 22, al. 3 du c. c. s. fait règle pour moi, mon père Auguste-Virgile Vuilleumier (1831-1892) ayant acquis le droit de bourgeoisie à Bâle en 1860, transmit à Mr. Juillerat, pour être transcrit dans les registres qu'il tenait, des documents que l'on pourra certainement retrouver à Tramelan. Or, tous ces documents sans exception portent le nom de Vuilleumier avec le "V" simple, attendu que l'acte d'origine délivré à mon père par la bourgeoisie de Tramelan et sur la base duquel il fut reçu bourgeois de Bâle, est établi ainsi, (v. annexe III). Malgré cela Mr. Juillerat, ainsi que j'ai pu m'en convaincre, a transcrit ces documents, contre tout droit, avec le "W" double.
      Un simple examen des registres de l'Etat-civil de Tramelan suffit pour établir que notre nom ne s'y trouve écrit avec le "W" double que depuis 1876, soit depuis 46 ½ ans. Il est par conséquent inconcevable que, dans sa lettre du 12 mai écoulé, la Direction de Police bernoise puisse prétendre que notre nom de famille s'écrit depuis plus de 70 ans avec le "W" double.
      Si la Direction de Police avait bien voulu prendre, la peine de jeter un simple coup d'œil sur les registres de Tramelan, elle aurait reconnu d'emblée que la nouvelle orthographe introduite arbitrairement et dont elle prend la défense manque de toute base légale et que, dès le début, soit déjà en 1876, elle aurait dû être contestée. Le fait que même le maire actuel de Tramelan, un Mr. Vuilleumier, écrit aussi son nom avec le "W" double ne saurait modifier la situation, attendu que son père et tous ses autres ascendant écrivaient le leur avec le "V" simple. Si l'autorité de surveillance de Mr. Juillerat à toléré si longtemps dans les registres de Tramelan ces changements de nom qui vraiment sautent à l'œil, au lieu d'y remédier, cela fait preuve, à mon avis, d'un contrôle très défectueux.
      Sur ma demande, Mr. Aug. Rossel, l'officier, d'état-civil actuel de Tramelan m'a délivré, en date du 7 et 17 juin 1922, une attestation de laquelle il résulte qu'avant l'introduction des registres de l'Etat-civil à Tramelan en 1876, le nom de famille Vuilleumier, ce qui est notamment aussi le cas pour moi et mes ascendants directs, a toujours été écrit avec le "V" simple dans tous les registres des baptêmes, des mariages et des décès de Tramelan et cela en remontant jusqu'à l'année 1681, soit pendant près de 200 ans, tandis que dès le mois de janvier 1876 toutes les inscriptions faites dans les registres A et B de Tramelan ont été faites sans la moindre exception avec le "W" double (v. annexe IV).
      La lettre de bourgeoisie délivrée le 22 octobre 1642 à l'ancêtre commun de tous les Vuilleumier de Tramelan et de la Sagne, Jean Vuilleumier de la Sagne, qui s'était établi en 1621 à Tramelan-dessus, lettre dont je joins une copie faite aux archives de Bâle-ville, porte également le nom de famille écrit seulement avec le "V" simple (v. annexe V).
      II est hors de doute que les annexes III - V établissent et prouvent à l'évidence qu'en droit, seul le "V" simple peut entrer en ligue de compte pour l'orthographe de mon nom de famille.
      En outre, il y a aussi lieu de tenir compte du fait qu'une personne ayant droit de bourgeoisie à différent endroits (art. 22 al. 3 du c. c. s.) ne peut pas, figurer dans les registres d'état-civil de ces endroits, ainsi pour ce qui me concerne, à Bâle, à Tramelan et à la Sagne, sous des noms écrits différemment. Or, à Bâle et à la Sagne, mon nom est écrit avec le "V" simple, de sorte que pour ce motif aussi, l'orthographe introduite à Tramelan en 1876 est absolument inadmissible.
      Il est donc inconcevable que dans sa lettre du 12 mai 1922 à la Préfecture de Courtelary, la Direction de Police puisse écrire : "Que ceux des Vuilleumier, originaires de Tramelan et de la Sagne, qui persistent à vouloir écrire leur nom avec le "V" simple, peuvent y satisfaire d'une manière très simple, c'est-à-dire en renonçant à leur droit de, ressortissants de Tramelan." Au nom de tous les Vuilleumier qui ont encore le sentiment de la tradition et du droit, je crois pouvoir qualifier cette réponse de grave méprise et repousser énergiquement l'étrange prétention de la Direction sus-nommée comme étant absolument indiscutable.
Récapitulation.
      Pour motiver le bien-fondé de ma demande de rectification des registres de l'Etat-civil de Tramelan, je me base sur les points suivants:
      1. Sur la nécessité absolue d'une concordance complète des inscriptions dans les registres de l'Etat-civil de Tramelan avec les inscriptions correspondantes dans les registres de l'état-civil de Bâle et de la Sagne, qui pour le nom de famille Vuilleumier, ne connaissent pas le "W" double.
      2. Sur l'orthographe de notre nom avec le "V" simple, qui, comme cela est prouvé, a été en usage à Tramelan pendant plus de 200 ans.
      3. Sur le fait patent que le premier officier d'état-civil de Tramelan a changé tout à fait arbitrairement et contrairement aux prescriptions le "V" simple de notre nom de famille en un "W" double, et
je propose,
que Monsieur le Président du Tribunal veuille bien décider:
      1. Que les registres de l'état-civil de Tramelan doivent être rectifiés en ce sens, que partout où mon nom, où le nom des membres de la famille de mon père et de ma propre famille est écrit avec un "W" double, cette lettre doit être biffée et remplacée par un "V" simple.
      2. Que l'officier d'état-civil de Tramelan soit tenu de procéder à toutes les inscriptions futures, concernant ma personne ou des membres de ma famille (parents, frères et sœurs, enfants etc.) avec le "V" simple.
      3. Que les frais de la procédure, ceux-ci ayant été occasionnés par un contrôle défectueux, soient mis à la charge de l'Etat de Berne et éventuellement je demande.
      4. Que pour le cas que Monsieur le Président du Tribunal ne considérait pas les pièces annexées comme preuves suffisantes, il veuille bien se faire présenter les registres de l'état-civil de Tramelan, y compris les annexes qui s'y rattachent.
      Enfin, je suis volontiers disposé, si cela est jugé nécessaire, à me présenter personnellement pour être entendu.
      Bâle, le 23 juin 1922.
Ch.-Aug. Vuilleumier-Martin,
6.
" L'Echo du Jura " du 15 octobre 1920.
L'Orthographe des Vuilleumier.       ANNEXE I.
Monsieur le rédacteur,

      Par la présente je me permets de compléter la remarque concernant l'orthographe de notre nom dans l'article sur la "Généalogie des Vuilleumier ", qui a paru dans votre journal le 5 du mois courant.
      Certainement, comme moi, bien des personnes sont étonnées que la fausse orthographe de notre nom, écrit avec le W, ait pu devenir si générale dans le Jura depuis 40 à 50 ans.
      Le grand généalogiste des Vuilleumier, Monsieur le pasteur Auguste Vuilleumier à Assens, que j'ai interrogé à ce sujet, il y a passé une année, m'a répondu: "C'est le brave Mr. Juillerat le premier officier d'état-civil à Tramelan, qui a mis le W à notre nom. Auparavant il n'apparaissait qu'ici et là par erreur. Lui décréta que ce W devait être la règle." Je lui demandai: Pourquoi ?
- "C'est ainsi.
Pas de motif." Notre nom étant français, doit avoir le V car le double W est allemand, et étant donné l'U qui le suit, cet U " fait double emploi avec le W".
      D'après l'explication de Mr. le pasteur A. Vuilleumier, l'extension de la fausse écriture de notre nom est bien compréhensible.
      Pour corriger cette faute il faudrait donc tout d'abord employer de nouveau l'orthographe juste dans les registres d'état-civil à Tramelan. Ce n'est que par cette démarche que cette incorrection, qui existe depuis trop longtemps déjà, pourrait être éliminée effectivement.
      Je vous prie de bien vouloir publier aussi ces remarques dans votre journal.
      En vous remerciant d'avance...
Aug Vuilleumier, ingénieur
7.
Confédération Suisse.
      ANNEXE III
Canton de Berne: District de Courtelary.
Acte d'Origine pour un Homme marié:
      Le Conseil de Bourgeoisie de la Commune de Tramelan-dessus. District de Courtelary, Canton de Berne, certifie:
      Que le porteur des présentes,
Auguste-Virgile Vuilleumier,
fils légitime de Charles-Auguste, feu Olivier, et de Julie-Amie Rossel, baptisé à Tramelan le 6 Février 1831 est bourgeois légalement reconnu de la dite Commune, qui le reconnaîtra en tous temps en cette qualité, et que sa femme Barbe-Marie Schweizer née le 19 Décembre 1831, est également participante du droit de bourgeoisie, déclarant en conséquence que le prédit, ainsi que sa femme et tous ses enfants seront reçus par la Commune susdite en tout temps et dans toutes les circonstances.
      En foi de quoi le présent acte d'origine a été expédié, signé et scellé selon le coutume et la forme usitée ici.
      Fait à Tramelan-dessus, le vingt avril 1853.
Le dépositaire des Registres
      sig. Gobat, pasteur.
Le Président du Conseil de bourgeoisie:
sig. George Matthez.
Le Secrétaire:
sig. Hri.-Ls. Vuille.
      Vu pour légalisation des signatures ci-dessus:
      Courtelary, le 22 avril 1853.
Le Préfet: sig.     Lombach.

      La Chancellerie d'Etat, en recommandant le porteur à l'accueil et à la protection des autorités, auxquelles il appartiendra, atteste l'identité de la signature et du sceau du préfet, et certifie que le susdit A. V. Vuilleumier est citoyen bernois et citoyen suisse.
Pour la Chancellerie du. Canton de Berne :
Le Substitut:
No. 1711.       sig. E. V. Müller.
8.
Attestation.
       ANNEXE IV.
      Le soussigné, officier d'état-civil à Tramelan atteste par les présentes que les noms Vuilleumier sont, dans les registres du dit état-civil, depuis le plus ancien de 1681 jusqu'en 1876, écrits avec un V simple. Dès le mois de janvier 1876 toutes les inscriptions faites dans les registres A et B de Tramelan, des Wuilleumier, ont été, sans la moindre exception, faites avec le "W double ". Renvoi approuvé.
      Tramelan le 17 juin 1922.
      Les recherches faites au moyen de l'arbre généalogique de la famille Vuilleumier de Bâle, Tramelan et La Sagne ont donné pour résultat que toutes les inscriptions dans les registres encore existants ont, depuis le No. 26 au No. 50 été trouvées invariablement écrites avec un V simple.
      Tramelan, le 7 juin 1922.
l'officier d'état-civil :    Aug. Rossel.
9.
Attestation,
       ANNEXE VI.
      Je soussigné, Officier d'Etat-civil de Bâle, certifie sur demande à Mr. Ch.-Aug. Vuilleumier de Bâle, Tramelan-dessus et La Sagne, résidant à Bâle, que dans les registres de l'Etat-civil de Bâle, les noms de sa. propre famille, si bien que ceux de la famille de ses parents, frères et sœurs, sont tous, sans exception, écrits avec un "V" simple.
      Bâle, le 3 juillet 1922.
L'officier d'Etat-civil de Bâle :     sig. Dr. Scheurer.
10.
Attestation.
       ANNEXE VII.
      Je, soussigné, Officier d'Etat-civil à La Sagne (Neuchâtel), certifie que dans les actes de Mariage de Mr. Ch.-Aug. Vuilleumier, domicilié à Bâle, actes inscrits dans les registres de l'Etat-civil de La Sagne, datant du 15 septem. 1881 et du 21 janvier 1897, l'orthographe Vuilleumier a été écrite avec un "V" simple.
      D'autre part j'atteste que tous les Vuilleumier, originaires de La Sagne et Tramelan, sont inscrits avant 1876 avec un "V" simple. Le premier "W" double constaté date de 1878.
      La Sagne, le 4 juillet 1922.
L'officier de l'Etat civil : sig. Charles Matile.
11.
Lettre de bourgeoisie de Jean Vuilleumier
du 22 Octobre 1642.
       ANNEXE V.
      " Nous David Chastellain et Adam Rossel au Nom Comme Ambourgs Gouverneurs Henry Marsaux, Jean Jean Perrin, David Rossel justiciers et Pierre Botteron élus et depputés des Maistres d'hostels, Manans et habitans de la Communauté de Tramelan dessus, pour passer et faire a rédiger les choses ci après Escriptes sçavoir faisons à tous ceux qui ses présentes Lettres verront et orront, tant à présent comme au temps advenirs, que nous estans tous ensemble convocqués et appelez pour plusieurs nos négoces et Necessitez, par devant nous est comparus honnorable Jean Vuilleumie Parroissien de Tramelan le quel nous à exposez et fait entendre, comme il y à quelque bonne Espasse de temps, qu'il à acquis et achepté un Maix et place de Terre, gisant et sçitué dans nostre Mayorie et belvarderie auquel lieu à crainte et danger d'estre souvent reprises et gagé sur nostre commune, qu'est l'occation qu'il nous à humblement prie et Requis qu'il fut de nostre bon plaisir et volontés de le vouloir reçevoir associer et accompagner à nos Biens commungs, communances. Droits droitures de nostre dite communauté comme l'un de nous. Moyennant qu'il ce présente et offre d'estre bon voisin et obeyssant aux Ambourgs et Gouverneurs du village qui seront par chascun an, faire les corvées et payer les jettes de tout son possible, Mesmement donner aussi d'Entrage et pour sa bien venue une bonne somme d'Argent au contentement de ladite communauté, sur ce, nous les ambourgs et Maistré d'hostels considérant sa Requeste et offre juste equitable et consonnante à raison non obstant pendant le temps qu'il à heuté et conversé parmi nous, s'estant comporté tousiours Homme de bien et d'honneur, en toute loyauté et prud'homme, ce que nous avons espérance de continuation à l'adveniers. Partant avons volontairement et de nostre plein gré acepté receu et accompagné comme par ses présentes recevons associons et accompagnons, ledit Jean Vuilleumie luy et ses hoirs legitiment procrés en loyal mariage, ormis et excepté Moyse son fils que n'est pas en mesuage jndivis avec luy, pour d'orsennavant pouvoir participer et communiquer à nos dits biens commungs, communances, tant de champoyage bois boccages qu'autres droits droitures, actions status ordonnances et libertéz appartenant à nostre dite communauté de quel noms et qualitéz qu'ils puissent nommez et califier présent et adveniers acquis et acquérir sans aucune reserves n'y exceptions, tout ainsi et pareillement comme l'un de nous les communiers dans agait ne contradiction, par les conditions après désclarés; assavoir qu'il sera bon voisin et obeyssant à la dite communauté faire les corvées et payer les jettes, tailles, tribus, et autres de heüs de la communauté de toute sa possibilitéz. Le tout comme l'un de nous sans aucun empeschements ne refus, ainsi qu'il s'en est offert et présenté, mesme de ne charger pas la communance plus que son bien ne pourra porter, et valoir et cas advenant qu'il voulut vendre eschanger sondit bien, s'est nous que reservons toujours nos Droits et Droitures de nostre dite communauté comme d'ancienneté à esté visité s'il y en à; Et sur ce à essé fait le dit accompagnement réceptions et adoption, pour et Moyennant le prix et somme de deux cents Escus, vaillant châcun d'jceux vingt cinq batzes neufue Monnoye, coursable en la ville de Bienne. La quelle dite somme nous les dits Ambourgs, et charge ayant au nom que dessus, confessons avoir heu et entièrement reçeu dudit Jean Vuilleumie, Icelle mise et réduite appliqué au profit et utilité de la dite communauté. Dont comme bien payé contenté et satisfait l'en avons quitté et quittons purement et perpétuellement pour luy ses dits Hoirs sans i'amais leur en faire aucune demande n'y moleste en manière que ce soit Promettants en outre nous les dits Ambourgs et depputéz, au nom sus dit pour nous nos hoirs successeurs et après venants, quel conques, par nos bonne foi en lieu d'un Leal serment pour ce fait en touchant.corporrellement en la main du Notaire souscript, et sous lobligations de tous les biens de la dite communauté. Pareillement Ledit Jean Vuilleumie à promis de sa part, tout la contenu et teneurs des présentes, fermement tenier accomplir et jnvialablement observer, sans iamais aller faire dire ne venire du contraire, ouvertement ne facitement; Renonceants pour ce à tous Droits vs et coutumes qui nous pourroyent favoriser du contraire. Notament au Droit disant que Générale Renonciation ne vaut si la spéciale ne précède. Et pour corroboration des choses susdites. Nous lesdits Ambourgs et depputéz avont humblement prie et requis honnorable prudent spectable et vertueux seigneur Monsieur Jacob Beynon Chastellain et Gouvemeur d'Erguel vouloir mettre et apprendre aux presentes.le scau commung usité par nostre Reverendisme et, Illustrisme Prince et souverain seigneur Monseigneur Johann Heinrich par la Grace de Dieu Evesque de Basle, en ceste sa scigneurie et Chastellainies d'Erguel. Ce qu'à, esté fait sauf toutes fois le prejudice de sa Grace et de seigneur Selleur. Que furent faites donnés et ratiffiés le vingt et Deuzième jour du Mois d'octobre, l'an de salut courant; après la nativité de Nostre seigneur Jesus Christ, Mille six cents quarante et Deux, Présent les honorables et scentifique Docte personne Noble Jacques Mestrezat de la ville de Genève moderne Ministre de la parole de Christ audit Tramelan et le seigneur Jean Voisin Jadis Ministre d'Ilec pour Tesmoins à ce Requis et specialement Demandéz. "
Signé en Original.      J. Voumard Not.

      " Je sous-signe attest que comme ainsi soit envertu de l'ordre que i'avois heu de son Altesse Reverendisme et Illustrisme Johan Conrad nostre souverain Prince et seigneur, de m'encercher de tous ceux qui: pourroyent avoir fait acquest d'aucunes communances de ceste Seigneurie sans en avoir satisfait sa dite Altesse, de sa part, pour les compeslir et obliger à en payer autant qu'ils auroyent payés au communes : De sorte que m'estant mis en devoir d'Excuter l'ordre prédit et ayant à cest Effect recerché les Vuilleumie Interresséz en ceste lettre, Jceux heurent recours à la debohnaireté de sa dite Altesse, la quelle eu vertu d'un appointement rendu en son Noble conseil, du 2° d'octob. 1658 / au bien de Deux cents Escus neufs qu'il leur en competoit, les quitta de grace pour cents escus neufves, à l'acquit des quels m'a esté déslivré par David Vuilleumie vingt et cinq Escus, de Pierre Vuilleumie autant et autant d'Abram Vuillemie, Jean Vuilleumie s'estant obligé des vingt et cinq Escus restants Actum à Courtelari ce 7e 8bre 1658.
      Receu aussi les vint et cinq restans, que Jean Vuilleumie avoit promis.
      Signé par Jean Henry Thelling de Courtelari Chastelain d'Erguel.
      Levé pour Coppie hors du vray Original Escript en parchemin, sans Changement des substance Atteste. "
Sig. Adam Monin
12.
Courtelary, le 24 juin 1922.
Monsieur Charles-Aug. Vuilleumier-Martin, Bâle, Rebgasse 4.
      Monsieur,
      Nous avons bien reçu votre demande de rectification d'inscription dans les registres de l'état-civil de Tramelan-Dessus relativement à votre nom. Conformément à l'Art. 2 de la loi bernoise d'introduction au c. c. s., c'est le Président du tribunal et non le tribunal de district, qui est compétent pour connaître de litiges, de ce genre.
      Voici comment nous avons l'intention de procéder: Nous pensons nommer un expert - de préférence un archiviste - et le charger de faire des recherches dans les registres d'état-civil de Tramelan, Bâle et La Sagne sur l'origine et l'orthographe de votre nom, et sur le point de savoir exactement quand et à quel moment et pourquoi le V fut remplacé par le W. Cet expert devrait examiner aussi les archives de ces différents endroits, afin de pouvoir se prononcer en connaissance de cause sur la question de l'orthographe exacte du nom: Vuilleumier. Cela entraîne naturellement de nombreux frais et comme il s'agit d'une procédure non contradictoire, le juge ne peut allouer de dépens aux parties (Art. 324 du code de procédure civil).
      Je vous rends donc attentif à ces faits et vous prie de me dire si vous êtes d'accord de supporter les frais qu'occasionnera cette procédure et éventuellement de faire l'avance qui pourra être exigé. En possession de votre réponse, je me mettrai en rapport avec l'expert et vous informerai du suivi. C'est, d'entente avec lui, que je déterminerai le montant de l'avance à effectuer. C'est à mon sens la meilleure procédure.
      A vous lire, recevez. Monsieur, l'assurance de toute ma considération:
Le Président du Tribunal:        A. Comment
13.
Bâle, le 9 juillet 1922.
Monsieur le Président du Tribunal à Courtelary
      Monsieur le Président,
      Je vous remercie des renseignements que contient votre mémorandum du 24 juin dernier et que je vous retourne avec la présente selon votre désir. Ce renvoi a été retardé par la mort inattendue de ma chère épouse, qui a malheureusement eu lieu le 28 juin dernier.
      Avant tout je vous prie de bien vouloir excuser mon erreur d'avoir adressée ma demande au tribunal du district, parce que d'après l'art. 11 de la loi baloise d'introduction au c. c. s., chez nous à Bâle, c'est le tribunal civil, qui en est compétent. - Quant à vos renseignements je me permets de remarquer, que mon intention n'est pas de donner à l'affaire en question l'envergure qu'elle prendrait en procédant comme vous le proposez. Aussi me parait-il utile, enfin d'éviter tout malentendu, que nous ayons, si possible, un entretien verbal, avant que vous entrepreniez, n'importe quelles démarches.
      Je vous prie donc de bien vouloir me faire savoir à quel jour et à quelle heure vous pourriez prochainement m'accorder une audience.
      Pour compléter les preuves de ma demanda j'espère que vous me permettez de vous remettre, comme annexes VI et VII de ma demande, encore deux attestations des officiers d'état-civil de Bâle et de la Sagne du 4 mois courant. Il me semble que ces deux attestations, supplémentaires devraient suffire pour éviter toutes autres recherches dans les registres d'état-civil de Bâle et de la Sagne sur l'orthographe de mon nom, et des noms de ma famille paternelle. Et pour les inscriptions dans les registres de Tramelan l'annexe IV de ma demande constate pour mon cas non équivoque le "status causae".
      Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma considération très distinguée.
Chr.-Aug. Vutlleumier-(Martin).
Réponse du Président du tribunal à cette lettre.
      Bien reçu v. lettre du 9 juillet écoulé. Je suis d'accord avec le rendez-vous*) que vous sollicitez et à cet effet je vous propose le vendredi, 21 juillet à 15 h.
      Sans autre avis de v. part je vous attends donc à cette heure là dans mon bureau.
      Avec parfaite considération
Le Président du Tribunal:       A. Comment
      Courtelary, le 12 juillet 1922.          *) Ce rendez-vous a en lieu comme prévu.

14.
Rapport de Mr. Alcide Jeanguenin, expert judiciaire

(du 1.13. août 1922).
A Monsieur le Président du tribunal du district de et à Courtelary.
      Monsieur le Président,
      Par votre lettre du 21 juillet 1922, vous m'informez que vous m'avez désigné en qualité d'expert dans l'affaire Mr. Charles-Auguste Vuilleumier-Martin, Ingénieur, de Bâle, de la Sagne, et de Tramelan, domicilié à Bâle, tendant à une rectification d'inscription dans les registres d'Etat-civil de Tramelan. Vous me dites que ma mission consiste notamment à prendre connaissance du dossier que vous me remettez, puis de me rendre à Tramelan dans le but d'examiner les registres d'Etat-civil de cette localité pour pouvoir ensuite vous faire un rapport aux fins de savoir si c'est par erreur que les inscriptions concernant Charles-Auguste Vuilleumier-Martin, à Bâle, et sa famille portent le " W" et si cette orthographe est régulière.
      Le jour de l'expertise à Tramelan a été fixé au vendredi 28 juillet 1922, dès les 10 ½ heures et selon le désir exprimé par le demandeur, Mr. Vuilleumier a été convoqué et a assisté à cette expertise.
      Voici je vous donne ci-après mon rapport basé sur les constatations que j'ai pu faire dans les registres communaux et dans ceux de l'état-civil de Tramelan qui ont été obligeamment mis à ma disposition par Mr. Paul Châtelain, secrétaire communal et Auguste Rossel, officier d'état-civil, les deux à Tramelan. Ces deux fonctionnaires m'ont également fourni de précieux et utiles renseignements, relatif s à la présente affaire.
      Mes investigations se sont étendues à tout ce qui touche plus spécialement Mr. Charles-Auguste Vuilleumier pour s'élargir ensuite à tous les autres Vuilleumier de Tramelan.
      Durant la période de 1609 à 1675, j'ai constaté dans les archives communales que les noms d'Abram et de David Vuilleumier, ancêtres de Mr. Ch.-Aug. Vuilleumier, sont écrits, sans aucune trace, ni signe de correction avec "V" simple. Le même fait se présente nettement en 1622.
      Je considère qu'il est opportun de signaler cette particularité très caractéristique et sympathique au sujet des anciens registres bourgeois de 1865, à 1882. Tous les noms de famille "Vuilleumier" y sont écrits avec "V" simple, soit jusqu'au moment ou feu Mr. Juillerat, ancien instituteur, s'est occupé de la tenue de ces registres; aucune notice explicative n'en donne la raison. Alors le "V" simple disparaît et il est remplacé par le "W" double. Je considère et j'estime que cette façon d'agir a été taxée d'arbitraire par de sérieux motifs.
      Passant à l'état-civil, j'ai constaté également que le nom de l'intéressé Monsieur Charles-Auguste Vuilleumier est inscrit à l'acte de naissance, de 1855, avec un "V" simple. Il en est de même pour ses quatre enfants, Jules, Julie, Max et John; leurs actes de naissance délivrés par l'état-civil de Bâle, et qui font règle absolue pour l'orthographe des prénoms et des noms portent invariablement le nom de famille avec "V" simple mais Mr. Juillerat et ses successeurs ne respectent pas cette formalité prévue par toutes les prescriptions sur la matière publiée par l'autorité supérieure compétente.
      Pour l'édification de l'Autorité qui jugera cette affaire et pour en augmenter la lumière, il est bon de relever le fait que les autorités de Bâle se sont basées pour l'orthographe de Vuilleumier, sur l'acte d'origine délivré le 20 avril 1853, par la commune bourgeoise de Tramelan-dessus, à Auguste-Virgile Vuilleumier, quand il a acquis le droit de cité de Bâle-Ville. Cet acte portait le "V" simple, il est indubitable que la descendance de Auguste-Virgile, dont fait partie Charles-Auguste peut, légalement et justement revendiquer cette orthographe qui doit rester immuable aussi longtemps qu'un jugement n'en a pas décidé autrement.       Je juge utile de relever ce qui suit pour démontrer à nouveau qu'il y a eu de l'arbitraire dans certaines inscriptions de l'état-civil de Tramelan.
      Dans un registre de naissance commencé le 4 février 1876, le No. 44 concernant l'enfant Charles-Albert Vuilleumier, fils de Henri, on remarque pour le fils un "W" double, tandis que le nom du père, ainsi que pour sa signature avec un "V" simple.
      En 1693, j'ai trouvé Vuilleumier avec "V" simple.
      En résumé, au vu de toutes les considérations qui précèdent, je considère qu'il ne peut y avoir l'ombre d'un doute, le nom de famille de Monsieur Charles-Auguste Vuilleumier-Martin, à Bâle, doit s'écrire avec un "V" simple, par extension logique et juste le nom de tous les Vuilleumier de Tramelan doit revêtir la même orthographe que le nom des Vuilleumier de la Sagne et de Bâle, c'est à dire avoir comme lettre initiale le "V" simple, selon moi il doit ainsi être fait droit à la demande de Mr. Charles-Auguste Vuilleumier-Martin, Ingénieur à Bâle.
      Veuillez agréer. Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments distingués et mes bien respectueuses salutations.
      Courtelary, le 1er août 1922.
L'expert: Alcide Jeanguenin.
Supplément

      Au moment de clore mon rapport, je reçois de Monsieur le Maire de Tramelan-dessus deux documents anciens que je ne puis joindre au dossier, attendu que je dois les retourner pour être déposés aux archives de Tramelan-dessus. Ils sont de nature à étayer fortement mes conclusions. Il s'agit d'un parchemin fait par le notaire feu Jean-Adam Monin et contresigné par le Châtelain de l'Erguel, Jean-Henri Thellung de Courtelary, le 7 octobre 1658. Par cet acte, plusieurs Vuilleumier qui écrivent tous leur nom avec le "V" simple déclarent vouloir devenir communiers et paroissiens de Tramelan-dessus. Il s'agit en outre d'une déclaration sur papier ordinaire signé le 13 juin 1783, par Abram Vuilleumier, Marchand, et par Jean-Jacques Vuilleumier, horloger, descendants en ligne directe, comme il y est dit de feu Pierre Vuilleumier, déclaration suivant laquelle ils manifestent l'intention de devenir communiers de la Sagne par l'entremise d'Abram, fils de Jacques Vuilleumier. Comme sur le parchemin précité, tous les noms, sans exception, sont écrits avec un "V" simple.
      Il ressort de ces intéressants documents que les Vuilleumier de la Sagne et de Tramelan sont d'une même et ancienne et étroite parenté. Les Vuilleumier de la Sagne ayant tous conservé le "V" simple, il n'y a pas de raison, à mon, avis, pour que les Vuilleumier de Tramelan l'abandonnent pour y substituer le "W" double.
      Courtelary, le 3 août 1922.
L'expert: Alcide Jeanguenin (†1923).
15.
Décision.
Courtelary, le 10 août 1922.
Le Président du Tribunal du district de Courtelary
à
Monsieur Ch.-Aug. Vuilleumier-Martin, Ingénieur, à Bâle.

      Monsieur,
      A la suite de votre requête du 23 Juin 1922, nous vous informons qu'en application de l'Art. 45, Al.1, c. c. s, nous avons, à notre audience de ce jour, ordonné que toutes les inscriptions touchant le requérant, les membres de la famille de son père et de sa propre famille faites dans les registres d'état-civil de Tramelan seront rectifiées en ce sens que le "W" double sera remplacé par un "V" simple. L'officier d'état-civil de Tramelan a été avisé aujourd'hui même de notre décision.
      Nous prenons les frais *) en remboursement sur vous, attendu qu'il n'était pas possible de les mettre à la charge de l'Etat.
      Les pièces que vous avez produites restent jointes au dossier de l'affaire.
      Avec parfaite considération
La Président du Tribunal:       A. Comment
      Taxe: Fr. 1.-
      *) Remboursement frs. 63.90, Port -.90, Total frs. 64.80
16.
Etat-Civil de Tramelan.
Tramelan, le 12 août 1922.
Monsieur Ch.-Aug. Vuilleumîer, ingénieur, Bâle.
      Cher Monsieur,
      Je me fais un plaisir de vous donner copie de la lettre reçue de Monsieur le Président du Tribunal de Courtelary du 10 courant :
      "A la suite d'une requête formulée par Monsieur Ch.-Aug.Vuilleumier-Martin, né en 1855 à Tramelan-dessus, actuellement ingénieur à Bâle, nous vous informons, qu'en application de l'art. 45, Al. 1, c. c. s, nous avons à notre audience de ce jour ordonné que toutes les inscriptions touchant le requérant, les membres de la famille de son père et de sa propre famille faites dans les registres de l'état-civil de Tramelan seront rectifiées en ce sens que le "W" double sera remplacé par un "V" simple. Nous vous invitons dès lors à faire le nécessaire dans vos registres.
Le président du Tribunal:       A.Comment
      A la suite de l'invitation qui m'a été donnée j'ai fait en marge des inscriptions des membres des votre propre famille, dont l'état suit l'annotation suivante:
      "Par ordonnance de Monsieur le Président du Tribunal de Courtelary du 10 août 1922, l'inscription ci-contre a été rectifiée en ce sens que le "W" double du nom Wuilleumier est remplacé par un "V" simple."
      Tramelan, le 12 août 1922.
L'officier d'état-civil: Aug. Rossel.
      Registre des naissances B.
Vol. 1 Fol. 182 No.   81 de Wuilleumier Jules Auguste
Vol. 1 Fol. 221 No.   18 de Wuilleumier Julie
Vol. 1 Fol. 281 No.   71 de Wuilleumier Max
Vol. 1 Fol. 465 No. 114 de Wuilleumier Johann Friedrich
      Registre des Mariages B.
Vol. 1 Fol. 117 No.  35 de Wuilleumier-Schetty
Vol. 1 Fol. 374 No.    7 de Wuilleumier-Martin
      Registre des Décès B.
Vol. 1 Fol. 282 No.   2 de Wuilleumier, née Schetty Katharine
Vol. 2 Fol. 225 No. 39 de Wuilleumier, née Martin "Dor.-Elise
Vol. 1 Fol. 226 No. 44 de Wuilleumier Auguste-Virgile
Vol. 1 Fol. 227 No. 45 de Wuilleumier, née Schweizer Barb.-Marie
      Je verrai avec l'aide du registre des bourgeois aussitôt que je pourrai le consulter quelles sont encore les annotations à faire concernant vos enfants.
      Veuillez agréer, cher Monsieur, les salutations empressées de votre tout dévoué
Aug. Rossel.
17.
"Le Progrès" du 26 août 1922.
L'Orthographe des Vuilleumier.
      Tous les Vuilleumier apprendront certainement avec intérêt le résultat des démarches que j'ai entreprises pour attaquer la fameuse décision de la Direction de la police cantonale de Berne du 12 mai dernier, qui condamne les Vuilleumier de Tramelan ou de supporter à la place du traditionnel "V" simple cet illégitimement introduit "W" double dans, leur nom de famille, ou de renoncer à leur droit de ressortissant de Tramelan. Comme je ne voulais pas pour ma part accepter ni l'un ni l'autre, et que le changement de mon nom et de ceux des autres membres de ma famille dans les registres de l'état-civil de Tramelan, avait été fait sans ma connaissance, j'étais obligé d'avoir recours au juge.
      Car, conformément au Code civil suisse, c'est le Juge qui est compétent pour la rectification d'inscriptions dans les registres de l'état-civil. D'après, la loi bernoise d'introduction au Code civil suisse, c'est le Président du Tribunal qui est compétent pour connaître des litiges de ce genre.
      Dans ma demande de rectification d'inscriptions dans les registres de l'état-civil de Tramelan, adressée donc le 23 juin écoulé à M. le président du Tribunal du district de Courtelary, je me suis surtout basé sur les points suivants, pour en motiver le bien-fondé.
      1. Sur la nécessité absolue d'une concordance complète des inscriptions dans les registres de l'état-civil de Tramelan avec les inscriptions correspondantes dans, les registres de l'état-civil de mes deux autres communes bourgeoises, soit de Bâle et de La Sagne, qui pour le nom de famille Vuilleumier ne connaissent pas le "W" double.
      2. Sur l'orthographe de notre nom avec le "V" simple qui, ayant 1876, comme il est facile de le prouver, a toujours été officiellement en usage pendant plus de 250 ans.
      3. Sur le fait patent que le premier officier d'état-civil de Tramelan a changé dans ses registres tout à fait arbitrairement et contrairement aux prescriptions officielles le "V" simple du nom de tous les Vuilleumier en un "W" double.
      Ce qui est absolument incompréhensible, c'est tout d'abord que l'autorité de surveillance de l'officier d'état-civil de Tramelan ait toléré si longtemps ces changements de nom dans les registres,qui vraiment sautent à l'œil, au lieu d'y remédier, et qu'en outre les nombreux membres de la famille Vuilleumier domiciliés sur place aient accepté sans la moindre protestation, ce changement de leur nom, et qu'ils aient eux-mêmes mis en usage la fausse orthographe dès 1876 jusqu'à ces jours.
      Pour tous ces Wuilleumier, s'écrivant avec le "W" double, il n'est, pour des motifs d'ordre pratique, naturellement pas si facile qu'à moi de revenir à l'orthographe exacte. Car, en ce qui me concerne, j'ai pro-testé contre le "W" double aussitôt que j'eus connaissance que mon nom et les noms de tous les membres de ma famille figuraient dans les registres de l'état-civil de Tramelan avec l'orthographe altérée.
      A la suite de ma demande, M. le président du Tribunal de Courtelary a ordonné un examen approfondi des registres de l'état-civil de Tramelan. Cet examen fut fait par une personne de confiance, experte en la matière, qui confirma l'exactitude de mes données et, conséquemment, le bien-fondé de ma demande.       Si la Direction de la Police Cantonale avait bien voulu prendre la peine de jeter un simple coup d'œil sur les registres de Tramelan, elle aurait reconnu d'emblée que la nouvelle orthographe officielle à Tramelan dont elle prend la défense, ne date que depuis 1876, soit depuis 46 ½ ans et non depuis plus de 70 ans comme elle le prétend. Elle aurait de plus facilement pu constater que la fausse orthographe, a été introduite arbitrairement, de sorte qu'il lui manque toute base légale et que dès le début, soit déjà en 1876, elle aurait dû être contestée.
      Il ne serait alors pas venu à la Direction, de police l'idée baroque de recommander aux Vuilleumier, originaires de Tramelan et de La Sagne, de renoncer à leurs droits de ressortissants de Tramelan. Cette prétention que rien ne justifie ne peut être admise par ceux des Vuilleumier qui se font un devoir de continuer à employer l'orthographe exacte et traditionnelle de leur nom de famille.
      Convaincu de mon bon droit, je ne fus pas surpris de recevoir ces derniers jours de M. le président du tribunal du district de Courtelary la communication suivante:
      "A la suite de votre requête du 23 juin 1922, nous vous informons qu'en application de l'art. 45, al. 1, C. c. s., nous avons à notre audience de ce jour (10 août 1922), ordonné que toutes les inscriptions touchant le requérant, les membres de la famille de son père et de sa propre famille faites dans les registres d'état-civil de Tramelan, seront rectifiées en ce sens que le "W" double sera remplacé par un "V" simple. L'officier d'état-civil de Tramelan a été avisé aujourd'hui même de notre décision."
Le Président du Tribunal:       A Comment.

      Il ne pouvait évidemment être donné d'autre suite à ma requête. L'ordonnance ci-dessus a été rendue par M. le président du Tribunal selon la loi, dans le seul but de redresser une erreur établie et reconnue, quoiqu'il s'agissait en l'occurrence simplement d'une affaire qui ne présente pas en elle-même une grande importance.
      Je tiens encore spécialement à faire remarquer que 7 semaines ont suffi au Juge pour examiner ma demande, faire procéder à une expertise et rendre son ordonnance, alors que la Direction de police a mis 19 mois pour répondre à la demande de renseignements de M. l'officier d'état-civil de Tramelan.
      Bâle, le 22 août 1922.
Aug. Vuilleumier, ingénieur.
      N. B. - Les personnes de Tramelan et environs qui portent ce nom et qui s'intéressent au débat, sont informées qu'une assemblée sera convoquée ultérieurement.
      La convocation paraîtra en temps et lieu dans "Le Progrès".

18.
Appel aux Vuilleumier.
Tramelan, le 12 septembre 1922.
      La plupart des Vuilleumier ont suivi avec intérêt les démarches faites, par M. Auguste Vuilleumier, ingénieur à Bâle, pour obtenir la rectification de l'orthographe de son nom, soit donc le changement du W en V. Ces démarches ayant heureusement abouti il est à supposer que d'autres personnes de ce nom suivront son exemple. A cet effet, tous les Vuilleumier sont invités à se rencontrer jeudi 14 courant, à 20 heures précises, à l'Hôtel du Cerf 1er étage. M. Auguste Vuilleumier sera probablement des nôtres et nous donnera tous les renseignements sur cette question. Au cas ou l'assemblée déciderait introduire l'orthographe correcte de notre nom, celle de nos ancêtres, un comité sera nomme afin de poursuivre les démarches nécessaires à ce sujet.
      Cette assemblée, la première qui aura lieu entre cette grande famille depuis le 13 juin 1783, promet d'être très intéressante aussi, nous espérons que les 82 chefs de familles convoqués répondront à notre, appel.
      Nous apprenons également que M. le Colonel Vuilleumier, Juge cantonal à Lausanne et M. A. Vuilleumier, pasteur à Assens, Vaud descendants de Jacob Vuilleumier, parti de Tramelan pour s'établir à Lausanne en 1762, feront aussi les démarches nécessaires pour faire rectifier leurs noms dans les registres de l'Etat-civil de Tramelan. Ainsi, ceux qui se soumettront à la décision de Berne seront rares, espérons-le.
Au nom de quelques intéressés:
Pl. Vuilleumier-Desgrandchamps
19.
Assemblée des chefs de famille Vuilleumier

le 14 septembre 1922 à l'Hôtel du Cerf de Tramelan-dessus.
Salle du 1er étage à 8 heures du soir.
Protocole
      La séance est ouverte à 8 ½ heures du soir, par Mr. Paul Vuilleumier-Desgrandchamps, horloger-rhabilleur, qui s'est chargé de la présente convocation, et demande aux chefs de famille présents, de bien vouloir nommer un président pour l'assemblée de ce soir. Les propositions sont faites en la personne de M. Aurèle Vuilleumier, maire de Tramelan-dessus, mais celui-ci se récuse an alléguant qu'il n'est pas suffisamment au courant de la question qui nous occupe. Il prie donc en conséquence l'assemblée de porter son choix sur Mr. Paul Vuilleumier-Desgrandchamps, qui est un des principaux initiateurs de l'assemblée des chefs de famille Vuilleumier. A l'unanimité des membres présents, Mr. Paul Vuilleumier-Desgrandchamps est donc nommé président, qui après avoir remercié l'assemblée de sa confiance, demande qu'on lui adjoigne un secrétaire. Sur la proposition de Mr. Eugène Vuilleumier, fabricant d'horlogerie, Mr. Maxime Vuilleumier est nommé, aussi à l'unanimité, secrétaire de l'assemblée. Celle-ci nomme ensuite Messieurs Jérémie et Léon Vuilleumier aux fonctions de scrutateurs sur quoi la séance officielle s'ouvre aussitôt.
      Quarante-sept membres de notre famille sont présents.
      Mr. le président donne lecture d'un extrait de délibérations de l'assemblée des Vuilleumier le 13 juin 1783 et rappelle que depuis cette date les Vuilleumier ne se sont plus réunis. Il donne aussi lecture d'une lettre de Mr. Auguste Vuilleumier, ingénieur à Bâle - principal promoteur et initiateur de la question qui fait l'objet du présent protocole - qui, empêché de venir à Tramelan, pour cause de deuil, regrette infiniment d'être privé du plaisir de fraterniser avec ses combourgeois tramelots.
      Il est encore donné connaissance de différents actes ayant trait à l'histoire des Vuilleumier, et qui expliquent l'origine de notre famille, en particulier un arrangement fait entre quelques membres de notre famille, pour la reconnue de la Sagne le 13 juin 1783. Mr. le président fait circuler, à titre documentaire, les armoiries de la famille d'après le modèle, qui se trouve sur le monument funéraire de la tombe d'un Vuilleumier dans le temple de Valangin, Canton de Neuchâtel. L'armoirie des Vuilleumier a été reproduite exactement d'après l'original du temple de Valangin.
      Cette pièce circule de mains en mains et obtient un vif succès de curiosité parmi les membres de l'assemblée dont beaucoup ne connaissaient pas le blason de notre famille.
      Mr. le président donne un aperçu sur la question qui nous occupe et lit encore aimablement différentes pièces, ainsi que d'articles de journaux, ayant trait à la décision de la Direction de police du Canton de Berne et dont les considérations sont consignées ailleurs.
      La question se pose de savoir si l'on veut conserver le W double, ou si l'on veut adopter définitivement le V simple dans le but d'uniformiser l'orthographe de notre nom. Mr. le président fait encore lecture d'un extrait de la généalogie de la famille Vuilleumier, puis ouvre la discussion sur la question de principe suivante :

      Voulons-nous conserver le W double ou opter pour le V simple. d'une façon définitive ?

      L'assemblée à l'unanimité se prononce affirmativement. Mr. le maire de Tramelan-dessus, demandant la parole, nous dit qu'on ne peut pas trop se baser sur les actes de la famille concernant cette délicate question, ceux-ci étant presque tous contradictoires en ce qui concerne l'orthographe du nom des Vuilleumier. Il déclare qu'il est partisan de l'une comme de l'autre orthographe, et il lui semble qu'on a fait un peu trop de bruit autour de cette affaire, principalement sur la décision de la Direction de police du Canton de Berne, mais que l'on doit examiner ce soir là question à fond et prendre une décision adéquate et pratique dans le but de solutionner la question. La question de la transformation de l'orthographe de notre nom, doit être faite selon lui, par voie administrative et non par la voie judiciaire, en envoyant une requête demandant le changement au Conseil communal qui examinera la chose et fera le nécessaire en appuyant notre demande auprès du préfet de Courtelary, et de là au Conseil d'Etat du Canton de Berne. Mr. le Maire nous dit que la question de la voie administrative est moins onéreuse que la voie judiciaire, et évitant aussi des frais de justice aux Vuilleumier qui demandent la transformation de leur nom.
      Mr. le président réplique que pour ce qui a trait à la décision de la Direction de police du Canton de Berne, que le principal fautif se trouve être Mr. le Conseiller d'Etat Stauffer, Directeur du département bernois de justice et police, qui avant de nous inviter brutalement à changer d'origine aurait dû examiner la question sérieusement avant de rendre son jugement. La Direction de police disait en substance dans son jugement:
      "Quant aux Vuilleumier originaires de Tramelan et de la Sagne qui persistent à conserver l'orthographe de leur nom, il est une manière très simple d'y satisfaire, c'est qu'ils renoncent tout simplement à leur a droits de ressortissants de Tramelan-dessus et se fassent délivrer de la Sagne des actes d'origines de cette commune."
      La question de procéder par la voie judiciaire, est mise aux voix, et la réponse négative en est le résultat.
      Mr. le président demande s'il se trouve parmi l'assemblée des membres de notre famille qui n'ont jamais employé le W double pour écrire leur nom. Il s'en présente un en la personne de Mr. Alfred-Auguste Vuilleumier, garde-forestier de la commune et demeurant aux Reussilles, qui déclare avoir toujours employé le V simple dans l'orthographe de son nom.
      Mr. Paul Vuilleumier, horloger, déclare qu'à plusieurs reprises, Mr. Chopard, ancien pasteur à Tramelan, lui a fait remarquer que notre nom ne s'écrivait pas avec un W double, mais bien avec le V simple, et que notre nom, écrit avec un W double était une faute d'orthographe. Il fait la proposition d'adopter le V simple v
      Mr. Marc-Aurèle Houriet, instituteur, consulté à propos de cette question, nous dit que dans les écoles de la localité, on écrivait précédemment notre nom avec un W double, mais qu'à l'heure était une faute d'orthographe. Il fait la proposition d'adopter le V simple.
      Le secrétaire occasionnel, soussigné en charge, votre serviteur, demande la parole et fait remarquer à l'assemblée que le W double est une lettre propre aux langues du nord et il ne se voit pas pourquoi on continuerait: à employer le W double, celui-ci étant d'essence germanique et une lettre allemande, incorporé dans la langue d'outre-Rhin. Au point de vue de la culture romande, presque entièrement latine, la question de l'orthographe de notre nom avec un W double est une faute que l'on doit corriger, puisque l'occasion s'en présente ce soir. Le W double n'étant pas français, votre serviteur recommande le V simple, seul juste dans l'orthographe du nom Vuilleumier, et appuie la proposition de Mr. Paul Vuilleumier, qui est donc: adopter le V simple.
      Mr. Charles-Ariste Vuilleumier, maître-imprimeur, coéditeur du "Progrès" demande si l'on a fait constater cette anomalie à la commune de la Sagne, et si des actes en font foi.
      Mr. le président lui répond par l'affirmative, les Sagnards écrivent toujours leur nom avec un V simple.
      Personne ne demandant plus la parole à ce sujet, Mr. le président clôt la discussion et met la question aux voix d'après la proposition de Mr. Paul Vuilleumier, appuyée par votre serviteur; à mains, levées et à l'unanimité, les Vuilleumier présents ce soir acceptent les propositions examinées et analysées plus haut. Les chefs de notre famille optent donc définitivement pour le V simple.
      Concernant la marche à suivre pour la solution de l'objet qui nous occupe, Mr. le Maire Aurèle Vuilleumier propose de faire une requête et que tous les Vuilleumier la signent. Mr. Eugène Vuilleumier appuie cette proposition, qui recueille l'approbation de l'assemblée. La pièce sera donc établie par les soins du bureau en charge et envoyée au Conseil communal de Tramelan-dessus, qui transmettera la, chose au préfet, et de là à Berne.
      Une question se pose encore: à savoir celle des frais de ces démarches. Mais les Vuilleumier, dans un généreux élan, contribueront tous par une modeste somme à les couvrir. Mr. Armand Vuilleumier, ayant conservé l'esprit mi-moqueur, mi-badin de ses ancêtres, propose l'institution d'une tombola, ce qui met en joie l'assemblée dont les rires firent de l'éclat le plus franc et le plus joyeux.
      II est procédé ensuite à l'élaboration des pièces nécessaires que chacun signe avec empressement. L'assemblée est levée à 10 ½ heures.
      Tramelan-dessus, le 14 septembre 1922.
Au nom de l'assemblée des chefs de la famille Vuilleumier:

Le président:              Le secrétaire:
      Pl. Vuilleumier-Desgrandchamfs        Maxime Vuilleumier.
(60 signatures de Vuilleumier, incluse celle du maire, ont accompagné ce protocole pour être remis aux archives de la Commune tous écrites avec le "V" simple).

Texte de la pétition.
Tramelan, le 15 septembre 1922.

      Aux autorités compétentes:
Aux Autorités communales Tramelan-dessus.
Monsieur le Maire et Messieurs,
      Les soussignés, tous descendants de Jean Vuilleumier de la Sagne, établi à Tramelan en 1621 et reçu bourgeois de cette Commune en 1642, réunis en assemblée ce 14 septembre crt. ont pris connaissance de plusieurs documents et actes concernant leurs ancêtres depuis les années 1500 à 1875.
      Désireux d'arriver à l'uniformité dans l'orthographe de leur nom et persuadés que l'usage du W double est une erreur, ils vous prient de décréter qu'a l'avenir dans tous les actes officiels et inscriptions aux registres de l'Etat-civil on revienne à l'orthographe exacte, c'est à dire au V simple pour tous les Vuilleumier.       Dans l'espoir que vous daignerez faire droit à notre demande, cas échéant la recommander, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Maire et Messieurs, l'assurance de notre considération distinguée.
      (Suivent 64 signatures de chefs de famille Vuilleumier demeurant à Tramelan et ses environs tous écrites avec le "V" simple.)
Pour le réponse voir chapitre 22)
20.
"Journal du Jura" du 21 septembre 1928.
Le procès des Vuilleumier.
Bienne, le 21 septembre 1922.

      Le dossier du procès des Vuilleumier vient de s'enrichir d'une pièce qui non seulement tranche définitivement la question de l'orthographe de ce nom, mais encore celle de l'origine des Vuilleumier de Tramelan et de la Sagne.
      Ce document (Lettre d'Origine accordée par l'honorable Justice de la Sagne en faveur des Honnêtes Jean-Pierre et Jean-Jacques, Frères, fils de Jacques Vuilleumier de Tramelan, reconnu Communier de la dite Sagne, le 10 décembre 1783) qui est actuellement entre nos mains, a été apporté à notre bureau par M. Daniel Vuilleumier, de Péry, descendant du premier Vuilleumier de la Sagne émigré à Tramelan, dans la famille duquel cette pièce a été conservée jusqu'à ce jour.
      Il s'agit d'un acte sur parchemin, dressé à la Sagne le 10 décembre 1783 et qui contient principalement ce qui suit:
      " Nous Frédéric Perrenoud, doïen de l'honorable Justice de la Sagne y Président pour l'absence de Monsieur Abram Huguenin, Maire du dit Lieu au nom de la part de Sa Majesté le Roy de Prusse dans sa souve-raineté de Neuchâtel et Valangin en Suisse, Notre Souverain Prince et Seigneur, etc… : Savoir faisons que par devant nous et les Sieurs Justiciers de ce Lieu après nommés Séans en Jugement. Judiciellement est comparu honnête Jean-Pierre Feu Abram Vuilleumier de Tramelan, reconnu dernièrement communier de ce Lieu, agissant comme procureur des honnête Jean-Pierre et Jean-Jacques, frères, fils de Jacques Feu David Feu Jacques feu David Feu Jean Vuilleumier des dits Lieux ses parens. Sa procuration Sous Seings privés datée de Tramelan du 17 novembre dernier. Nous a fait exposer par un parlier que les ancêtres de ses constituants se seroïent Expatriés de ce Lieu en 1621 pour aller s'établir à Tramelan, Terre de Son Altesse l'Evêque de Bâle, et qu'il leur incombe d'avoir un Acte de leur origine et Extraction comme quoy ils sont descendus de Communiers originaire de la Sagne. Il lui a été reconnu d'administrer les preuves littérales et testimoniales pour prouver leur légitime filiation. Pour donc y procéder d'une manière claire et authentique il a introduit les pièces suivantes :
      1. Il a indiqué en preuves les Actes et Extraits batistères produits par honnête Abram fils de Jacques Vuilleumier frère des Requérants les 22 octobre et 12 novembre dernier qu'il a été reconnu Communier de ce Lieu par cette honorable Justice.
      2. Pour prouver que les Requérants sont légitimement issus en Loyal Mariage de leur père, il a produit leurs Extraits batistères, tirés des Registres de Batèmes de l'Eglise de Tramelan. Par le premier il conste que le 10 avril 1733 a été batisé Jean-Pierre, fils de Jacques Vuilleumier et d'Elisabeth Lorius, sa femme. Et par le Second que le premier Janvier 1741 a été batisé Jean-Jacques, fils de Jacques Vuilleumier et de sa dite Femme… "
      Suivent des extraits des registres des baptêmes de Tramelan qui établissent toute la filiation de la famille Vuilleumier jusqu'en 1783, date de la requête.
      Voici la suite de l'acte :
      "Les preuves ainsi établies le Sieur Procureur a demandé que les deux frères Jean-Pierre et Jean-Jacques, fils de Jacques Vuilleumier, ses Parens et Constituans soïent reconnus Communiers de ce Lieu et d'en avoir Acte authentique. Nous en avons demandé le droit à Messieurs de la Justice, mais avant d'entrer en Chambre s'est présenté le Sieur Frédéric, fils Feu David Perret, Moderne Gouverneur de l'honorable Communauté de la Sagne qui a fait exposer par un Parlier qu'étant appelé par sa Vocation de Gouverneur à veiller, aux intérêts de la Communauté, il a fait Proteste pour la Conservation d'iceux pour que tous Commu-niers Expatriés de la Communauté dès passé quatre-vingts ans quoyque reconnus Communiers, soient entenus de convenir d'une reprise avec la. Dite Communauté pour pouvoir jouir des droits de Communier, sans quoy ils ne pourront en bénéficier. Le Sieur Juge en Renfort Frédéric Humbert Procuré par un blanc seing du Sieur Frédéric Des Cœudres aussi Juge en Renfort et Boursier de la Louable Chambre de Charité de ce Lieu a fait exposer par un parlier "que la dite Chambre fût établie en 1714 par les Particuliers pour lors sédentaires dans la Juridiction, et a été dès lors soutenu par ces mêmes Particuliers pour l'entretien des pauvres du District de la Juridiction qui sont dans le cas d'en bénéficier. Pour cet effet il a fait; protester de la part du Sieur Boursier pour la conservation des droits de la dite Chambre pour que telles sentences que puissent être rendues ne puissent y préjudicier aux fins qu'aucuns Communier Expatriés, dès avant l'établis-sement de la dite Chambre et qui n'y ont jamais contribué ne puissent prétendre en bénéficier sous prétexte d'être Communier." Telles protestes connues, le dit Sieur procureur a Contreprotesté pour la Conservation des droits de ses Constituans, ce qui lui a de même été reconnu Après quoy il a persisté à Sa réquisition pour que les devants nommés ses parents soient reconnus Communiers de ce Lieu, sans comprendre ceux nés à Genève que les dits Témoins ont déclaré ne pas connaître. Nous avons continué d'en demander le droit à Messieurs de la Justice ; Lesquels à leur retour d'Avis pris en Chambre de Consultation nous ont rapporté qu'après mûr Examen des pièces produites et des témoignages rendus : Donnent par Connoissan-ce qu'ils reconnoissent les dits Jean-Pierre et Jean-Jacques frères, fils de Jacques Vuilleumier pour être communiers de la Sagne sous toutes les réserves de droit et leur en accordant, le présent Acte testimonial, auquel nous joignons nos Instantes recommandations en faveur des Requérans sous-nommés; bien enten-du que ceux qui sont à Genève que les Témoins ne connaissent pas ne sont pas compris dans cette recon-naissance. Par l'avis et Jugement des Sieurs David-Humbert, Jacob Des Cœudres, Abram Matiés Prévôt, Moïse Perret, Pierre-Louïs Convert, David-Louïs Tissot, Notaire, tous Justiciers de la Sagne, en témoignage desquelles choses nous avons Ordonné au Sieur Tissot, fonctionnant pour l'absence du Greffier de cette Juridiction, que l'expédition en soit faite en forme probante en faveur des sus-nommés pour leur servir au besoin, ce que le sous-signé Greffier de ce Lieu a Expédié et signé de Son Seing notarial en y apposant le Cachet Ordinaire de nos armes suivant l'ordre par nous donné, dans le grand Poële de Justice de la dite Sagne le dixième de Décembre mil-sept-cent-quatre-vingts et trois 1783.
Par Ordonnance : F.-O. Wille. "

      Les descendants de Jean Vuilleumier, qui avait émigré de la Sagne à Tramelan en 1621, ainsi qu'il appert du document qu'on vient de lire, furent donc réintégrés dans leur droit de communiers de la Sagne en 1783. Mais l'acte excluait expressément de cette reconnaissance les descendants de Jean Vuilleumier émigrés depuis lors à Genève.
      Or, on trouve au pied du même acte une inscription constatant que le sieur Jean-Pierre, fils de feu Abram Vuilleumier, agissant de même qu'en l'acte ci-devant:
      " A fait exposer que les deux fils du défunt Jean-Jacques Vuilleumier nommés Abram-Christ et Jean-François, ne sont pas compris dans l'acte de reconnaissance à communiers ci-dessus accordée à leur père et oncle; il lui a été connu d'administrer des preuves pour manifester de leur légitime naissance; Pour y parvenir d'une manière authentique il a produit le certificat de mariage du père avec Jeanne-Louïse, fille de feu André Goirand béni à Genève le 13 octobre 1765.
      Les preuves de la filiation de Abram-Christ et Jean-François Vuilleumier, fils de Jean-Jacques, furent administrées de la même façon que ci-dessus et l'honorable Justice de la Sagne ordonna de dresser acte de leur réintégration de leur droit de communier au pied même de l'acte principal. Ainsi fut fait le 22 septembre 1784."
      Il résulte du document que nous venons d'analyser ce qui suit :
      1. Les Vuilleumier de Tramelan et ceux de Genève sont descendants de feu Jean Vuilleumier qui quitta la Sagne en 1621 pour s'établir sur les terres du prince-évêque de Bâle à Tramelan.
      2. Ils sont tous été réintégrés dans leurs droits de communiers de la Sagne en 1783 et en 1784 et sont donc une de ces familles - du reste assez nombreuses - à la fois neuchâteloises et jurassiennes.
      3. Ni dans les actes de 1783, ni dans les actes antérieurs qu'ils citent ou transcrivent en partie, on ne trouve trace du W double dans le nom Vuilleumier.
      Par contre l'acte de 1783 que nous avons sous les yeux permet de faire une constatation assez piquante. Il est ordonnancé par un sieur F.-O. Wille, dont la signature s'orne d'ailleurs d'un paraphe quelque peu prétentieux. Cela prouve que l'on a eu tort de reprocher à notre général d'être pour quelque chose dans la germanisation de son nom de Vuille - nom encore très répandu dans le pays - en Wille. Il est hors de doute qu'il y avait déjà des Wille à la Sagne au milieu du dix-huitième siècle, sous le règne paternel de Sa Majesté le roi de Prusse. Qui sait si le scribe qui a ordonnancé l'acte de reconnaissance des Vuilleumier n'était pas un ascendant de notre héroïque général ?
P-H, Cattin
21.
Demande de Eugène Vuilleumier, juge cantonal à Lausanne († 1925),
agissant au nom de la. branche vaudoise de la famille Vuilleumier, d'Allman (Vaud), La Sagne (Neuchâtel) et Tramelan (Berne), présentée à la Direction de Police du Canton de Berne en sa qualité d'Autorité de surveillance des Offices d'Etat-Civil du Canton,
concernant
la rectification d'inscriptions dans les registres B de l'Etat-civil de Tramelan.
(C. C. S. art. 45 al. 2. Ord. art. 38 al. 2.)
Intéressés à la présente demande.
(Justification des pouvoirs.)

      Le soussigné agit tant en son nom personnel que comme représentant de tous les membres de la branche vaudoise, originaire d'Allaman, de la famille Vuilleumier de la Sagne et Tramelan.
      La branche vaudoise est formée des descendants de François-Auguste Vuilleumier, né en 1768, qui a acquis la bourgeoisie d'Allaman en 1812.
      Cette branche comprend actuellement trois lignes; le soussigné produit des procurations des trois chefs de lignes, savoir:
      1° Henri-François-Emmanuel, fils de Samson, fils de François-Auguste, né le 2 Janvier 1841, professeur de théologie à l'Université de Lausanne († 1925), qui représente ses enfants et petits enfants et plus spécialement ses 7 fils qui sont:
      Paul, Dr. en médecine. Syndic de Montreux (Les Planches), né le 3 août 1871; à Territet.
      Eugène, Juge cantonal, Colonel, né le 24 octobre 1872; à Lausanne.
      César, Architecte dipl., Directeur d'usine à St. Jean du Gard, né en 1876.
      Maurice, pasteur. Directeur de La Source, à Lausanne, né en 1881.
      Victor, Dr. en chimie, né en 1882, Directeur d'usine à Cincinnati.
      Louis, Lic. es théol. et lettres, né en 1885, Directeur de l'Ecole Nouvelle à Chailly sur Lausanne.
      Henri, Dr. en médecine, né en 1886, à Bex-les-Bains, représentant, chacun d'eux leurs femmes et enfants.
      2° Félix-Henri-Maurice fils de Charles, fils de Samson, fils de François-Auguste, né en 1877, technicien à Bâle, qui représente sa mère Louise Vuilleumier-Faucherre veuve de Charles-Auguste.
      3° Louis-Samson-Auguste, pasteur à Assens (Vaud), né en 1853 qui représente ses enfants et plus spécialement son fils :
      Edgar-Alfred-William, né en 1884, propriétaire-agric. à Los-Angelès, représentant lui-même sa femme et ses enfants.
      Vu la nature de la question et le fait qu'il s'agit d'un procédé administratif le soussigné n'a pas jugé utile de présenter d'autres procurations que celles des trois chefs de lignes représentant toute la descendance vivante de François-Auguste Vuilleumier;
Buts de la demande.
      Les requérants ont appris que tous les actes transcrits dans les registres de l'état-civil (Registres B) de Tramelan, depuis le 1er janvier 1876, actes les concernant, été écrits avec un "W" initial au lieu du "V" initial simple de leur nom "Vuilleumier".
      Cette substitution constitue une erreur manifeste, erreur de copie, au sens de l'article 45, al.2 du C. C. S.
      Les requérants demandent à l'autorité cantonale de surveillance des offices d'état-civil d'ordonner, la rectification de cette erreur de transcription.
      Ils notent le fait qu'aucun acte les concernant ne s'est produit à Tramelan et n'a été inscrit originairement, sur déclaration verbale, dans les registres A; mais que tous ces actes sont, comme copies d'extraits d'actes passés ailleurs, portés aux registres B.
      A côté de son sens juridique et moral, la question présente un intérêt pratique évident.
      Les registres d'état-civil de Tramelan étant la source des renseignements fournis à l'autorité communale, les actes d'origine fournis par cette commune reproduisent l'erreur de copie existant aux registres B de l'état-civil.
      La conséquence directe de ce fait est que le soussigné, par exemple, se rendant à Paris, en mission militaire officielle, en 1919 s'est vu délivrer des actes, d'origine d'Allaman et de La Sagne avec le "V" initial simple, et de Tramelan avec le "W" initial (voir les annexes).
      Tous les papiers d'affaires, titres nominatifs, actes authentiques, actes notariés, jugements, titres scolaires et universitaires, ecclésiastiques et militaires, publics et privés concernant les intéressés ci-dessus énumérés, - ils sont 43 portant le nom dans la branche vaudoise, - portant le "V" initiale simple, sauf l'acte d'origine que leur délivre la commune de Tramelan, basée sur une copie erronée faite dans les regis-tres B de l'état-civil.
      Toutes les signatures: apposées par les requérants en vertu des charges et fonctions publiques, qu'ils exercent ou ont exercées, charges fédérales, cantonales ou communales, en leurs qualités de représentants des autorités politiques, ecclésiastiques, judiciaires, universitaires, militaires ou autres portent, toutes sans exception, le "V" initial simple.
      La différence de l'orthographe de leur signature avec celle de leur nom porté sur leur acte d'origine de Tramelan pourrait être une cause d'ennuis et de difficultés.
      Les requérants fondent leur demande de rectification sur les 3 moyens suivants.
1er Moyen.
      Tous les actes d'état-civil originaux concernant les intéressés et leurs parents défunts, actes de naissance, de mariage et de décès, ont tous, sans exception connue, été portés dans les registres A, originaux de l'office d'état civil suisse qui a constaté l'acte, avec le "V" initial simple.
      II en a été de même des quelques actes établis à l'étranger.
      Les extraits délivres aux intéressés par les teneurs des registres A. et les inscriptions; faites par eux dans les livrets de famille portent le "V" initial simple.
      Tous les extraits dès, inscriptions, faites dans les registres A d'état-civil en Suisse, envoyés par ces offices à l'office de Tramelan, pour transcription dans ses registres B, portent le "V" initial simple.
      Ces extraits ont la même valeur probante que les registres originaux eux-mêmes (Ord.- art. 39.
      C'est par suite d'une erreur manifeste que, dans les transcriptions de l'original sur les registres B, l'officier d'état-civil de Tramelan; a altéré l'orthographe du nom en substituant un "W" au "V" initiale simple.
      Cette erreur manifeste peut et doit être rectifiée sans autre procédure, par l'autorité de surveillance, en vertu de l'art. 45 al. 2 du C. C. S; et de l'art: 38 al, 2 de l'Ordonnance du 25 févr. 1910.
      Il suffit, pour constater cette erreur de comparer les extraits qui sont classés parmi les pièces justificatives de l'office de Tramelan, avec les registres B de cet office.
      L'autorité de surveillance peut seule, aux termes des art. 40 et 42 de l'Ordonnance, se faire produire les pièces justificatives et les registres et obtenir des extraits des registres B.
      Nous la prions respectueusement de le faire.
2ème Moyen (subsidiaire).
      Il est possible que pour certaines branches de la famille Vuilleumier de La Sagne et Tramelan il y ait des doutes et variations dans l'orthographe du nom. Ce doute peut exister spécialement pour les membres des familles résidant à Tramelan dont les inscriptions originaires, aux registres A ont été faites avec un "W" initial.
      Mais ces hésitations et variations ne touchent en rien les membres de la branche vaudoise.
      Si, chargé de faire une inscription originale au registre A pour un acte survenu à Tramelan dans une famille Vuilleumier le prépose au registre peut avoir eu un doute et même estimer avoir le droit de substituer un "W" au "V" dans cette inscription, il n'avait aucun motif ni aucun droit de procéder de même lors d'une transcription à faire dans les registres B d'actes établis par d'autres offices.
      S'il s'est cru en droit de le faire, ou s'il n'a pas pensé à la différence qui existe entre les registres A et B, il a commis une erreur manifeste qui doit être corrigée.
      En effet la grande majorité des actes concernant les requérants a été passée sous le régime de la loi fédérale concernant l'état civil du 24 décembre 1874, c'est à dire dans la période qui s'écoule du 1er Janvier 1876 au 1er janvier 1912, date d'entrée en vigueur du C. C. S.
      Il n'y a aucun doute que l'officier d'état-civil qui a altéré le nom patronymique des "Vuilleumier" de la branche vaudoise a manifestement violé les articles 11, 7 al. 2 et 9 al. 1 de la loi fédérale, l'art 7 du Règlement du 20 septembre 1881 et de celui qu'il a remplacé et l'art. 38 des Instructions sur la tenue des registres publiées en 1881 par le Département fédéral de l'Intérieur. (voir Guide des officiers de l'état-civil, édition 1881, page 200).
3ème Moyen (Plus. subsidiaire).
      L'erreur commise ressort très nettement encore du fait que les registres de l'état-civil de Tramelan, antérieurs au 1er janvier 1876, indiquent toujours un "V" initial simple pour les "Vuilleumier" de la branche vaudoise. Cette substitution n'a pas été voulue par eux où aucun des membres prédécédés de leur famille.       Elle a été introduite dès le 1er janvier 1876 par une personne, entrée en fonction comme officier d'état-civil, à cette date et qui a cru, par une erreur manifeste, être en droit de se simplifier la tache en ac-cordant à tous les "Vuilleumier" uniformément un "W" initial.
      II y a plus que ça. Si, par ignorance ou inadvertance, voire même volontairement, certains membres de la famille Vuilleumier de La Sagne et Tramelan ont laissé s'introduire dans la pratique l'altération de leur nom, il n'y a plus aucun doute aujourd'hui qu'il y a là une erreur manifeste.
      Il serait abusif et inutile d'imposer à tous les Vuilleumier l'obligation de faire une procédure judiciaire semblable à celle qu'à entreprise M. Charles-Auguste Vuilleumier-Martin au nom de la branche bâloise des Vuilleumier.
      Sa procédure a démontré à l'évidence quelles sont l'origine et la base du nom, ainsi que son orthographie. Je m'en réfère au dossier de cette affaire et spécialement aux pièces suivantes:
      a) Prononcé du Président du Tribunal de Courtelary du 10 août 1922, ordonnant la rectification, en vertu de l'art. 45 al. 1 des inscriptions concernant M. Charles-Auguste Vuilleumier-Martin et sa famille.
      b) Rapport du 1er Août 1922 de M. Alcide Jeanguenin ,désigné comme expert par le susdit président du tribunal et mis à la base de son prononcé.
      c) Lettre de bourgeoisie de la Communauté de Tramelan-dessus de Jean Vuilleumier, du 22 octobre 1642, immigré de La Sagne à Tramelan en 1621, pièce produire au dit procès.
      d) Acte judiciaire dressé à La Sagne le 10 décembre 1783, portant reconnaissance pour être communier de La Sagne des descendants du susdit Jean Vuilleumier, acte en mains de M. Daniel Vuilleumier de Pery (reproduit dans le Journal du Jura le 21 septembre 1922).
Preuves.
    1. Procuration de M. Henri-François-Emmanuel Vuilleumier de Lausanne.
    2. Procuration de M. Auguste Vuilleumier, à Assens.
    3. Procuration de M. Félix Vuilleuimer, à Bâle.
    4. Extrait du registre de mariage de M. et Mme. Vuilleumier-Mayor.
    5. Livret de famille de M. et Mme. Eugène Vuilleumier-Mayor.
    6. Acte d'origine d'Eugène Vuilleumier de la Cne. d'Allaman.
    7. Acte d'origine d'Eugène Vuilleumier de la Cne. de La Sagne.
    8. Acte d'origine d'Eugène Vuilleumier de la Cne. de Tramean-Dessus.
    9. Généalogie de quelques branches de la famille Vuilleumier (1918).
   10. Lettre du 9 octobre 1922 de l'état-civil de Tramelan à M. Eugène Vuilleumier à Lausanne.
      On prie l'autorité de surveillance de bien vouloir se faire produire par l'office de Tramelan les pièces justificatives d'actes du registre B correspondant aux actes mentionnés sous 4 et 5 ci-dessus et des copies littérales des inscriptions faites; ou mieux encore de se faire produire les registres B eux-mêmes.
      Si l'autorité de surveillance veut entrer en matière sur les moyens subsidiaires ou demander des preuves plus complètes sur le premier moyen le soussigné est prêt à les lui fournir.
Conclusions.
      Théoriquement les requérants concluent à ce que tous les actes d'état-civil les concernant portés dans les registres B de l'état-civil de Tramelan depuis le 1er Janvier 1876 soient rectifiés en ce sens que le "W" initial de leur nom soit remplacé par un "V".
      A cet effet ils sont prêts à présenter, chacun pour sa ligne, la longue liste des actes visés.
      Pratiquement les requérants se rendent bien compte du gros travail imposé à l'office et surtout des nombreuses surcharges marginales dont les registres se trouveront affectés et déparés.
      Ils se déclarant prêts à admettre toute solution pratique que l'autorité de surveillance jugera utile d'admettre, atteignant le but par eux visé.
      Lausanne, le 17 Novembre 1922.
E. Vuilleumier.
22.
Lettre de la Direction de la Police cantonale à Berne
à Mr. Eugène Vuilleumier, juge cantonal à Lausanne
du 5 juin 1983.
      Monsieur,
      En vous retournant les actes qui accompagnaient votre demande du le novembre 1922, No. 1 - 5 et 9 -10, nous vous informons, que nous avons autorisé l'officier de l'état-civil de Tramelan à faire dans ses registres, à partir de ce jour, toutes les inscriptions se rapportant à votre famille avec l'orthographe : "Vuilleumier", tel que ce nom est écrit dans les registres des autres communes dont les ressortissants de ce nom sont aussi bourgeois.
      Ci-joint procuration retour.
      Berne, le 5 juin 1923.
Le Directeur de la Police:   Stauffer
23.
"Le Progrès" du 16 juin 1923.
La Consécration du "V" simple.
La Direction de la Police du canton de Berne à la Préfecture de Courtelary.

      "Par requête du 17 novembre 1922, M. Eugène Vuilleumier, juge cantonal à Lausanne, agissant tant en son nom personnel que comme représentant de tous les membres de la branche vaudoise, formée des descendants de François-Auguste Vuilleumier, de Tramelan-dessus et de La Sagne, lequel acquit la bourgeoisie d'Allaman (canton de Vaud) en 1812, demande à l'Autorité de surveillance des offices d'état-civil d'ordonner une rectification de tous les actes transcrits dans les registres de l'état-civil de Tramelan, rectification selon laquelle toutes les inscriptions le concernant ainsi que les membres de cette branche, effectuées depuis l'introduction de la loi fédérale sur l'état-civil de 1876, soient rectifiées de façon à revenir a l'orthographe initiale du nom Vuilleumier, soit, écrit avec un V simple.
      En date du 13 janvier 1923, vous nous transmettiez également une deuxième requête émanant cette fois des descendants de Jean Vuilleumier, reçu bourgeois de Tramelan-dessus en l'an 1642, dont la lettre de bourgeoisie porte le nom de Vuilleumie. Cette requête est revêtue de 64 signatures. Les signataires, tous porteurs de ce nom, demandent également qu'il soit effectué dans les registres bourgeois et de l'état-civil de Tramelan une rectification de leur nom de famille en sorte que, uniformément avec les registres de La Sagne l'orthographe de ce nom, figure à nouveau dans les registres de Tramelan avec le V simple et non plus le W double. Cette requête est recommandée par le Conseil municipal de Tramelan-dessus.
      L'examen des actes qui nous ont été présentés, de même que les nombreuses recherches et renseignements recueillis démontrent suffisamment que le nom de famille évoqué a subi au cours des siècles de nombreuses transformations. Le patriarche de ce nom fut reçu bourgeois de Tramelan-dessus sous le nom de Vuilleumie. Des actes conservés dans les archives de l'Etat prouvent par contre que ce même nom fut écrit dès l'année 1631 et jusqu'au 19me siècle sous les formes suivantes :
      Veuleumie, Vuillomier, Veuleumier, Veulleumier, Vuilleumie et Wuilleumier (seulement depuis 1876).       L'introduction ou plutôt l'emploi du W double, quoique étranger a la langue française, s'explique cependant et du fait que, autrefois, on faisait en français double emploi de la lettre v, c'est-à-dire que l'on s'en servait aussi bien pour l'écriture du " V " que pour la désignation de " U ", d'où le rapprochement dans l'orthographe du nom Vuilleumier de la majuscule V d'avec le u, désigné en son temps également par v (exemple: Vvilleumier), amena tout naturellement à l'emploi du W double. Depuis la fin du 17me siècle toutefois, la forme la plus couramment usitée dans l'orthographe de ce nom est Vuilleumier. Il semble d'autre part que ce même nom a toujours été écrit avec un V simple dans la commune de La Sagne on en fit également (toujours) emploi dans les registres de la commune de Tramelan-dessus jusqu'à l'introduction de la loi sur l'état-civil en 1876, tandis que depuis on eut particulièrement recours au W double. Ce mode d'orthographe acquit un grand nombre d'adhérents, au point que dans les signatures on faisait (à Tramelan) exclusivement emploi du W double si même les actes étaient écrits avec un V simple. On trouve au surplus les initiales du nom de Wuilleumier taillées, avec un W double sur les clefs de voûte de très vieilles maisons dans les environs de Tramelan, ce qui prouve une fois de plus que le manque d'uniformité dans l'orthographe de ce nom est également très arriéré et qu'il ne pouvait par conséquent pas davantage en être question en 1876. Il est dès lors (absolument pas) douteux que feu M. Louis-Julien Juillerat, lequel fut teneur des registres des bourgeois à partir de 1874 et officier d'état-civil à partir du 1er janvier 1876 eût réussi de lui seul à introduire spontanément cette nouvelle orthographe dans ses registres sans provoquer de nombreuses réclamations, si celle-ci n'avait pas été usitée déjà dans la pratique. La preuve la plus évidente d'ailleurs réside dans le fait que des réclamations à cet effet n'ont été formulées que tout récemment et ce qui est le plus curieux encore de la part de ressortissants habitant en dehors de cette localité.
      C'est en faisant suite à une réclamation de ce genre que M. le président du Tribunal de Courtelary ordonna, en date du 10 août 1922, que toutes les inscriptions effectuées dans les registres de Tramelan et touchant le requérant M. Charles-Auguste Vuilleumier-Martin,né à Tramelan le 10 juillet 1855 et reçu depuis bourgeois de Bâle ainsi que les membres de la famille de son père et de sa propre famille, soient rectifiées en ce sens que le W double soit remplace par un V simple.
      II ne nous appartient pas d'examiner si la rectification ordonnée par le président du Tribunal de Courtelary était justifiée ce qu'il importe surtout, c'est d'avoir une orthographe uniforme. Or comme la plupart des Wuilleumier habitant Tramelan se sont prononcés pour l'emploi du V simple, nous autorisons l'officier de l'état-civil, à partir de ce jour, à faire dans ses registres les inscriptions avec l'orthographe Vuilleumier, tel qu'il est inscrit dans les registres des autres communes dont les ressortissants de ce nom sont aussi bourgeois."
      Berne, le 5 juin 1923.
Le Directeur de la police: Stauffer.


      Voici enfin que la question qui tenait tant au cœur de la majorité des Vuilleumier a trouvé une juste solution. En effet, ainsi que les intéressés et nos lecteurs ont pu le lire plus haut, la Direction de police du canton de Berne vient de confirmer la requête que lui avaient présentée les Vuilleumier, ensuite d'une décision prise en conseil des chefs de famille de ce nom réunis le 14 septembre 1922 à l'Hôtel du Cerf, sous la présidence de M. Paul Vuilleumier-Desgrandchamps.
      Notons en particulier que les démarches à ce sujet avaient été commencées en mars 1919 par M. Auguste Vuilleumier, ingénieur à Bâle de concert et en collaboration avec M. P. Vuilleumier-Desgrandchamps qui avait été sollicité de s'occuper de la chose et éventuellement de faire aboutir une de-mande au sens de l'uniformisation du nom Vuilleumier, c'est-à-dire qu'il soit effectué la rectification de leur nom de famille dans lés registres de l'état-civil de Tramelan.
      La décision intervenue en l'occurrence fait le plus grand honneur à ses initiateurs et particulièrement à M. P. Vuilleumier-Desgrandchamps, et au nom de tous les Vuilleumier intéressés à cette affaire, nous nous faisons un devoir de les féliciter bien sincèrement. C'est grâce à leur patience et à leur persévérance, à leurs innombrables démarches aussi, que celles-ci se sont vues couronnées de succès.
      La solution apportée par la Direction de police du canton de Berne arrive à son heure et presque tous les Vuilleumier l'accueilleront avec satisfaction.
      Disons en substance que cette affaire a mis quatre ans pour être solutionnée, et bien que d'une importance relative, elle n'en méritait pas moins l'attention de tous ; outre les deux sus-nommés qui se sont occupés de la branche de Bâle et de celle de Tramelan, il y a lieu de mentionner M. le colonel Eugène Vuilleumier, juge cantonal à Lausanne, qui lui, de son côte, s'est occupé spécialement de la branche vaudoise. A l'appui de sa requête, ce dernier disait entr'autres :
      "Les registres d'état-civil de Tramelan, étant la source des renseignements fournis à l'autorité communale, les actes d'origine fournis par cette commune, reproduisent l'erreur de copie existant au registre B. de l'état-civil."
      "La conséquence directe de ce fait est que le soussigné, par exemple, se rendant à Paris en mission militaire officielle, en 1919, s'est vu délivrer des actes d'origine d'Allaman et de La Sagne, avec le V initial simple et de Tramelan avec le W initial double. "
      Le cas de M. le colonel E. Vuilleumier n'est pas isolé; on nous en a rapporté plusieurs de ce genre au cours de ces dernières années. C'est pourquoi la disparition de cette anomalie sera considérée comme un bienfait, surtout par ceux que leurs affaires obligent de voyager à l'étranger, en France tout spécialement.
      La question se trouve donc résolue définitivement et les pièces y relatives - qui sont nombreuses - seront remises aux archives de la commune de Tramelan-dessus pour la postérité. Espérons que cette dernière nous jugera bien. Chacun trouvera, son compte dans la juste solution de la Direction de police du canton de Berne et M. Stauffer, conseiller d'Etat, a été bien inspiré en prenant la décision que l'on connaît: Qu'il soit ici remercié chaudement ainsi que les autorités communales de Tramelan-dessus, qui ont bien voulu recommander notre requête.
      Voici donc la question classée. Bien qu'elle n'ait paru avoir que peu d'importance, elle n'en a pas moins nécessité une somme de travail considérable. Elle valait la peine d'être mise au point.
      Mais toutes ces démarches ont occasionné quelques frais. Aussi, il est fait un appel à ceux de notre famille qui pourraient contribuer à les couvrir. Si modeste que soient les sommes qui nous parviendront, elles n'en seront pas moins les bienvenues.
      Jusqu'ici 64 chefs de famille ont signé le protocole de l'assemblée des Vuilleumier du 14 septembre 1922 à l'Hôtel du Cerf. Une quarantaine ne l'ont pas signé.
      Ceux qui désirent encore le faire sont priés de passer au domicile du soussigné (rue de la Gare 4) jusqu'à fin juillet. Passé cette date le protocole sera mis au point et remis aux autorités communales pour être classé aux archives de Tramelan.
M. V.

24.
Etats-Civil de Tramelan.             Tramelan, le 25 août 1923.
Monsieur Aug. Vuilleumier, ingénieur, Bâle.
      Cher Monsieur,
      J'ai l'avantage de vous accuser bonne réception de votre entier dossier de la guerre au "W" dans l'orthographe du nom Vuilleumier (contenant plus de 100 pièces).
      Ce dossier est déposé aux archives de l'état-civil de Tramelan. En outre l'annotation suivante est faite en marge au répertoire du registre des naissances A. Vol. IX où se font actuellement les inscriptions : "Pour le changement apporté dans l'orthographe du nom "Vuilleumier" voir lettre de la Direction de la Police, renfermée au commencement du présent registre et dossier aux archives."
      Veuillez agréer, cher Monsieur,
L'officier d'état-civil:      Aug. Rossel.
25.
Déclaration.
      "Vous avez eu bien raison de faire la guerre au W de votre nom de famille. Le "W" dans les documents du moyenage de notre pays signifie toujours "Vu ". Quand on trouve par exemple "Wille " il faut lire "Vuille"; "Williomier" il faut lire "Vuilliomier" etc. C'est ainsi qu'on faisait toujours jadis. Plus tard au XVIIe siècle et au XVIIIe, le sens du "Vu" (=W) s'est perdu. On n'a pas su résoudre le W, de sorte qu'on a copié et lu Wille, Williomier, ce qui était une erreur. Et même on a fini par dire Wuilliomier, ce qui, en réalité, est un "monstre" qui correspond à Vuuillomier ".
Arthur Piaget, Archiviste de l'Etat.
      Neuchâtel, le 10 janvier 1924.
26.
Etat-Civil de Tramelan.
Tramelan, le 10 mai 1927.

            Monsieur Ch.-Auguste Vuilleumier-Martin, Bâle.
      Cher Monsieur,
      Depuis que la pratique du "W double" a été reconnue fausse par nos autorités ensuite de votre juste intervention, cher Monsieur, l'emploi de cette lettre a été radicalement éliminé pour ce qui concerne les inscriptions dans tous les registres de l'état-civil de Tramelan. Il arrive cependant trop souvent des communications portant encore le fatal "W double ", ce qui prouve qu'ailleurs les Vuilleumier n'ont pas encore tous pris à cœur de faire remarquer aux officiers d'état-civil du lieu où ils ont à faire leurs déclarations que l'emploi de cette lettre double est faux. Les officiers d'état-civil qui probablement tous reçoivent le journal "L'état civil Suisse" devraient avoir pris connaissance des articles parus concernant la rectification de ce "W double" et devraient éliminer la double partie de cette lettre malgré qu'elle soit portée aux pièces qu'ils ont en mains. A la longue, la. pratique de Tramelan finira par se généraliser, je l'espère bien.
      Pour ce que je puis voir l'emploi du "V" à Tramelan est général. Certains industriels avec du matériel et des réclames portant leur nom avec la faute du "W" se rendaient, au début, un peu difficilement partisans de la rectification de cette lettre mais leur hésitation n'a pas été de longue durée.
      Votre bien dévoué
Aug. Rossel.



Epilogue.
      Mr. Virgile Rossel, Juge fédéral, natif de Tramelan-dessus, a dit avec raison de cette affaire :
"Avec la persévérance armée du bon droit, on va loin."

Bâle, juin 1929.      Ch.-Aug. Vuilleumier.




Sources:  
"LA GUERRE AU "W" NOM DE FAMILLE VUILLEUMIER 1929       Imprimerie Werner-Riehm, Bâle   

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Les graphiques ont été ajoutés par l'auteur de la mise en forme.
Le graphique des armoiries des Vuilleumier vient d'un site internet.
L'image datée de 1621 provient de La Grande Coronelle à la Chaux-d'Abel (U et V)
Celle datée de 1664 représente l'écusson sur la ferme du Cernil (Abram Wuilleumier)
Texte mis en forme d'après le livret original de 1929.
  Copyright © jdn - 11.2008 

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