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A la petite Patrie
J'ai d'abord aimé mon gentil village,
Et son souvenir pleure ou chante en moi.
Car, dès les premiers pas du grand voyage,
J'ai connu la mort et subi sa loi.
Mais je ne sais plus que les heures claires
Du jeune printemps qu'on ne revoit pas :
Ah ! sur mon vieux coeur comme je le serre,
Tout le cher passé qui veille là-bas !
Ensuite j'aimai la haute vallée
Qui fut bien des ans tout mon univers :
Radieux soleil, neige immaculée,
La blanche splendeur de ses longs hivers,
Son décor de prés et de pâturages
Si verts sous le ciel des trop courts étés,
Ses larges sapins aux tièdes ombrages,
Ses humbles travaux et leur majesté.
Enfin mon amour étendit ses ailes
Sur tout le pays dont je suis l'enfant,
A ce beau Jura dont l'âme fidèle
Voue à son histoire un culte fervent.
Nos aïeux ont fait la maison prospère
Et nous héritons de leur rude effort :
N'oublions jamais le travail des pères,
Et que les vivants soient dignes des morts !
Virgile Rossel.
Hymne national
Liberté, fille des monts
Le pays que nous aimons
A vécu dans cette foi:
Tout pour toi !
Si la petite patrie
Agrandi douce et chérie,
C'est qu'au Rütli fut planté
l'Arbre de liberté
Le travail a remplacé
Le bruit sanglant du passé:
L'avenir de paix fleurit
Et sourit.
Mais, qu'un jour le ciel se voile !
En regardant ton étoile,
Qui de nous pourrait douter
De la Suisse, ô liberté ?
Virgile Rossel.
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Mon Jura
Si mon petit pays qui se cache dans l'herbe
n'a point de fier sommet, ni de ville superbe,
si parfois on en parle avec un air moqueur,
moi, je l'aime et le vois par les yeux de mon coeur.
Son souvenir m'est doux comme le chant des sources;
il a pour les songeurs de charmantes ressources,
ces asiles de paix que les sapins lui font,
au bord d'étroits sentiers coupant le bois profond.
Au creux de ses vallons, au coeur de ses villages,
le babil des oiseaux nichés dans les feuillages
se mêle aux bruits des champs, aux bruits de l'atelier;
il est fait pour rêver comme pour travailler.
Si les Jurassiens sont gens simples et frustes,
ils ont le serrement loyal des mains robustes,
ils ont le franc regard de leurs yeux bien ouverts,
ils ont le fond joyeux de leurs horizons verts.
Oui, tout est sain chez nous, le coeur comme le reste.
Tu n'as rien dépouillé de ta candeur agreste,
malgré tout ce qui change et ce qui passera,
tu seras, ô pays, toujours mon vieux Jura.
Ne soyez pas surpris, en écoutant ces choses,
en songeant que là-bas j'ai coulé mes jours roses,
ne soyez pas surpris que j'aime sans retour
ma petite patrie avec mon grand amour !
Virgile Rossel.
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