Virgile Rossel (vendredi 19 mars 1858 - vendredi 26 mai 1933)

Biographie
Né à Tramelan (Jura bernois), le vendredi 19 mars 1858. Virgile Rossel a obtenu la maturité littéraire à l'École cantonale de Porrentruy. Etudes juridiques et littéraires dans les universités de Leipzig, Berne, Strasbourg, Paris. Docteur en droit de l'université de Berne, 1879, docteur ès lettres honoris causa de l'université de Genève, 1909. Avocat à Courtelary, 1881 à 1883. De 1883 à 1912, professeur de droit civil à l'université de Berne (recteur en 1894 et 1907). Dès 1912, membre du Tribunal fédéral (président en 1929 et 1930). Membre de la constituante bernoise, 1884 à 1885. Député au Conseil national, de 1896 à 1912 (président, 1910). Auteur de divers ouvrages juridiques et littéraires.

Parmi les gros problèmes de la politique suisse de la deuxième moitié du siècle dernier figurait la codification du droit en général et du droit civil en particulier. L'abrogation de 25 codes civils cantonaux, tous différents les uns des autres par leurs conceptions, leurs institutions du droit de famille et des droits réels, et leur remplacement par une œuvre d'ensemble de caractère suisse et fondée sur la structure libérale de l'État, telle était la grande tâche politique de l'époque. Virgile Rossel collabore avec Eugène Huber à la rédaction et à la traduction du Code civil suisse et du Code des obligations. Le professeur Huber, chargé par le Conseil fédéral d'élaborer un projet de code nouveau, ne pouvait trouver un collaborateur plus compétent. Brillant juriste, Virgile Rossel était en même temps un excellent connaisseur de l'histoire des institutions suisses; il était aussi un écrivain et un homme politique expérimenté. Approuvé par les Chambres fédérales en 1907, le Code civil suisse entre en vigueur en 1912.

De convictions libérales, il s'engage dans la politique: il est secrétaire français de la Constituante bernoise de 1883 à 1884. De juin 1896 à mars 1912, il est un des représentants radicaux (avec cet autre éminent compatriote et ami politique que fut Albert Gobat) au Conseil national, qu'il préside en 1910. Elu juge au Tribunal fédéral à Lausanne il y siège de 1912 à 1932.

A côté de sa profession, il s'adonne à l'écriture: tour à tour poète, romancier, dramaturge, historien et critique littéraire, il est l'auteur de plusieurs recueils de poèmes, d'une quinzaine de romans, des biographies de Louis Ruchonnet et d'Eugène Rambert, de cinq pièces de théâtre et de plusieurs ouvrages d'histoire littéraire; il écrit de nombreux articles dans les quotidiens Le Démocrate, dont il fut chroniqueur littéraire, et La Gazette de Lausanne ainsi que dans plusieurs revues juridiques, politiques et littéraires, notamment les Actes de la Société jurassienne d'Emulation.

19 janvier 1929, réception de Virgile Rossel, président du Tribunal fédéral.














En 1939, les autorités communales de Tramelan lui érigèrent un monument dû au ciseau de Joseph Kaiser, sculpteur à Delémont.

Monument inauguré à Tramelan le 8 octobre 1939

Maison natale



A la petite Patrie

J'ai d'abord aimé mon gentil village,
Et son souvenir pleure ou chante en moi.
Car, dès les premiers pas du grand voyage,
J'ai connu la mort et subi sa loi.
Mais je ne sais plus que les heures claires
Du jeune printemps qu'on ne revoit pas :
Ah ! sur mon vieux coeur comme je le serre,
Tout le cher passé qui veille là-bas !

Ensuite j'aimai la haute vallée
Qui fut bien des ans tout mon univers :
Radieux soleil, neige immaculée,
La blanche splendeur de ses longs hivers,
Son décor de prés et de pâturages
Si verts sous le ciel des trop courts étés,
Ses larges sapins aux tièdes ombrages,
Ses humbles travaux et leur majesté.

Enfin mon amour étendit ses ailes
Sur tout le pays dont je suis l'enfant,
A ce beau Jura dont l'âme fidèle
Voue à son histoire un culte fervent.
Nos aïeux ont fait la maison prospère
Et nous héritons de leur rude effort :
N'oublions jamais le travail des pères,
Et que les vivants soient dignes des morts !

         Virgile Rossel.

Hymne national

Liberté, fille des monts
Le pays que nous aimons
A vécu dans cette foi:
       Tout pour toi !
Si la petite patrie
Agrandi douce et chérie,
C'est qu'au Rütli fut planté
l'Arbre de liberté

Le travail a remplacé
Le bruit sanglant du passé:
L'avenir de paix fleurit
       Et sourit.
Mais, qu'un jour le ciel se voile !
En regardant ton étoile,
Qui de nous pourrait douter
De la Suisse, ô liberté ?

         Virgile Rossel.





Mon Jura

Si mon petit pays qui se cache dans l'herbe
n'a point de fier sommet, ni de ville superbe,
si parfois on en parle avec un air moqueur,
moi, je l'aime et le vois par les yeux de mon coeur.

Son souvenir m'est doux comme le chant des sources;
il a pour les songeurs de charmantes ressources,
ces asiles de paix que les sapins lui font,
au bord d'étroits sentiers coupant le bois profond.

Au creux de ses vallons, au coeur de ses villages,
le babil des oiseaux nichés dans les feuillages
se mêle aux bruits des champs, aux bruits de l'atelier;
il est fait pour rêver comme pour travailler.

Si les Jurassiens sont gens simples et frustes,
ils ont le serrement loyal des mains robustes,
ils ont le franc regard de leurs yeux bien ouverts,
ils ont le fond joyeux de leurs horizons verts.

Oui, tout est sain chez nous, le coeur comme le reste.
Tu n'as rien dépouillé de ta candeur agreste,
malgré tout ce qui change et ce qui passera,
tu seras, ô pays, toujours mon vieux Jura.

Ne soyez pas surpris, en écoutant ces choses,
en songeant que là-bas j'ai coulé mes jours roses,
ne soyez pas surpris que j'aime sans retour
ma petite patrie avec mon grand amour !

         Virgile Rossel.


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