Archéologie bernoise - 2008
Tramelan, Crêt Georges Est
La nécropole du Haut Moyen Age
Christiane Kissling et Christophe Gerber
Fig.1 - Vue générale du site
En octobre 2006, au cours de travaux de viabilisation d'une zone à bâtir à l'est du village de Tramelan,
des ouvriers ont mis au jour plusieurs squelettes. Immédiatement avertie de cette découverte, la Police cantonale a ensuite alerté le Service
Archéologique du canton de Berne. Au cours des fouilles archéologiques qui suivirent, vingt-huit sépultures furent dégagées (voir fig. 2).
En avril 2007, à l'occasion des travaux qui précédaient l'aménagement d'une rampe d'escaliers passant à travers l'étendue supposée de la
nécropole, quatre autres tombes furent encore découvertes. Il est vraisemblable que d'autres sépultures soient encore enfouies à l'est et à
l'ouest de la zone déjà fouillée; elles devraient être dégagées au gré des futurs projets de construction. L'extension de la nécropole demeure
inconnue à ce jour.
Fig.2 - Plan de la nécropole
Situation et organisation
La nécropole se trouve dans une prairie du quartier de Crêt Georges Est. Le plus frappant est son
emplacement dans un terrain en forte pente (fig. 1), assez inhabituel pour un tel site du Haut Moyen Age. Par ailleurs, les tombes implantées
à une altitude de 900 m font de cette nécropole, une des plus hautes de Suisse. A Dombresson NE, une nécropole de taille comparable située
à 750 m d'altitude constituait déjà un premier record pour un cimetière de l'arc jurassien. La plupart des sépultures de Tramelan étaient
orientées nord-sud, soit dans le sens de la pente. Les crânes étaient encore enfouis sous près d'un mètre de terre, alors que les pieds
affleuraient quasiment sous l'humus. L'orientation inhabituelle des sépultures pourrait refléter une tradition locale ou une volonté de
garder un certain contact avec les défunts en les enterrant face au village, à supposer que ce dernier se soit trouvé à l'emplacement du
quartier actuel de Tramelan-Dessous. Seules quatre sépultures étaient orientées est-ouest. Les tombes apparaissaient ordonnées en rangées
plus ou moins régulières (fig. 3), mais aucune trace d'aménagement ou de marquage de surface n'a pu être mise en évidence. La topographie
de l'époque reste inconnue et a peut-être sensiblement évolué au gré des labours.
Aménagement des tombes
Les sépultures étaient aménagées en pleine terre à des profondeurs variables. Elles présentaient un
entourage partiel ou complet de pierres, de petits murets de pierres sèches ou encore des pierres de calage qui suggèrent l'existence
d'aménagements internes en bois. Dans de rares cas, des restes de fibres ligneuses sont apparues sous le squelette.
Fig.3 - Disposition en rangées
Les aménagements en bois pouvaient se présenter sous la forme de simples planches, de caissons ou de
cercueils. Plusieurs individus semblaient avoir été inhumés dans des coffrages en bois. Leurs membres y apparaissaient souvent disloqués
et leur crâne écrasé, ce qui témoigne d'une décomposition au sein d'un espace vide. Les alignements de pierres et de blocs, ainsi que des
pierres posées sur chant se rapportaient au calage de construction en bois (fig. 4). En outre, certaines fosses comportant des rangées de
pierres ou des murets n'ont livré aucune sépulture. Au vu de l'état de dégradation avancé des ossements de certains individus, on ne peut
exclure qu'il s'agissait tout de même de tombes.
Fig.4 - Tombe orientée est-ouest
Inhumations successives
Plusieurs inhumations successives et tombes réutilisées sont attestées sur le site (fig. 5). Certaines
sépultures reposaient sur des inhumations antérieures, comme dans le cas des tombes 6 et 23. Mais dans la majorité des cas, elles perturbaient
une inhumation antérieure, à l'image des tombes 7 et 20 ou 10 et 15. En admettant qu'un marquage ait existé, il ne devait pas indiquer
l'extension de la tombe. Généralement les ossements perturbés par le creusage d'une nouvelle sépulture étaient déposés en bordure de fosse,
comme dans la tombe 17. Dans les sépultures 4 et 25, seuls les crânes étaient encore en place, les autres ossements étaient dispersés dans
le remplissage de la tombe 19, respectivement 16, qui leur étaient superposées (fig. 6). Au sein de la tombe 29, une niche latérale a été
excavée pour accueillir les ossements de la sépulture primaire 36. Le nombre important d'inhumations successives traduit-il une volonté de
regroupement des individus, à la manière d'un caveau familial, ou est-il plus simplement lié à l'exiguïté de la nécropole ?
Fig.5 - Inhumation successives.
Le mobilier
Poursuivant la tradition de leurs ancêtres romanisés, les communautés romanes enterraient leurs morts
le plus souvent sans offrande, en pleine terre, dans un cercueil ou dans un coffrage de bois calé par des pierres. Dans la nécropole de
Tramelan, rares sont les inhumations qui ont livré des objets de parure ou des offrandes. Parmi les 32 sépultures examinées, seules trois
comportaient du mobilier. La défunte de la tombe 13 portait une paire de boucles d'oreilles en bronze ainsi qu'un bracelet de même métal
au poignet droit (fig. 7), alors que celle de la tombe incomplète 18 présentait dans la région du crâne (déplacé ultérieurement) une boucle
d'oreille de grand diamètre en fil de bronze. Enfin, la tombe 1 a livré une petite boucle en fer qui de part sa localisation, entre les jambes
du défunt, pourrait correspondre à une boucle de ceinture.
Fig.6 - Ossements rassemblés
Datation
Ni l'organisation de la nécropole ni le maigre mobilier funéraire ne permettent d'établir des périodes
d'occupation distinctes. Le matériel de la tombe 13 autorise une datation typologique approximative, puisque des objets de parure similaires
proviennent de la nécropole d'Oberdorf, Bühl SO (tombe 12). Dans ce dernier cas, outre des boucles d'oreilles et un bracelet, la défunte portait
une garniture de ceinture du type A, datable de la fin de 7e siècle. Les boucles d'oreilles de grand diamètre de la tombe 18 sont également
plutôt tardives, elles apparaissent dès le milieu du 7e siècle et perdurent jusqu'à la fin de la tradition des offrandes funéraires. Vers la
fin du 7e siècle, la tradition des offrandes s'estompe rapidement. Ainsi, au vu du nombre modeste d'offrandes funéraires apparues dans notre
nécropole, et de leur datation typologique plutôt tardive, nous pouvons postuler l'existence d'une communauté du Haut Moyen Age vivant à
Tramelan dans la seconde moitié du 7e siècle. Cette datation est naturellement susceptible d'être corrigée au gré des recherches à venir.
Fig.7 - Bracelet + boucle d'oreille
Anthropologie et démographie
L'analyse anthropologique provisoire a révélé une population inhumée mixte avec une forte majorité d'hommes.
Deux tiers des individus avaient plus de quarante ans. Parmi les jeunes, mentionnons deux adolescents d'environ 10 et 18 ans, et une sépulture
de nouveau-né apparue entre les jambes d'un homme de 40 à 60 ans enterré simultanément (fig. 8). La population semblait se composer de femmes
graciles, de taille plutôt petite, et d'hommes assez grands de stature corpulente à robuste. La nécropole n'ayant pas été fouillée dans sa
totalité, il n'est pas possible d'apprécier l'importance de la population, ni d'estimer la taille du village.
Toutefois, il paraît probable que nous ayons affaire à une petite communauté de deux ou trois familles
groupées au sein d'un hameau.
Fig.8 - Squelette d'un nouveau né
Contexte historique et analyse du peuplement
Les sources écrites relatives au début du Moyen Age dans le Jura sont rares. Dès la fin de l'Antiquité,
les vallées jurassiennes sont occupées par une population autochtone romanisée, les Romans, qui nourrit des contacts avec ses voisins
germaniques. Au 7e siècle, le Jura, sous contrôle franc, constitue une région périphérique à l'écart des centres de décision. A l'origine,
la vallée de la Trame ne semble pas faire partie des possessions de l'abbaye de Moutier-Grandval, dont la fondation est située au milieu
du 7e siècle. La première mention du village de Tramelan remonterait à 1178.
La vallée de la Trame se trouve à l'écart de la voie romaine transjurane qui relie le Plateau suisse à l'Ajoie par le col de Pierre-Pertuis.
Au nord du col, une route bifurque à l'ouest en direction de Tramelan en passant par le hameau de La Tanne. L'étude récente d'un tronçon de
ce chemin a révélé, qu'il date entre le 12e et le 15e siècle (datations C14) ; aucun indice ne permet d'attribuer à l'Epoque romaine ou au
Haut Moyen âge cette voie de communication reliant la Vallée de Tavannes aux Franches-Montagnes. En conclusion, l'occupation de la vallée de
la Trame remonterait au début du Moyen Age, comme le suggère la nécropole de Tramelan qui en constitue le témoignage le plus ancien.
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